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Extrait ajouté par Matoline 2018-05-20T19:58:25+02:00

Chapitre 4  :

« …

J’abattis de manière un peu sèche ma copie sur sa table. Avec une lenteur calculée, mon professeur posa son stylo, passa ses mains dans ses cheveux, puis releva enfin la tête sur moi, les doigts croisés sous mon menton.

- Je savais que ça vous énerverait.

Oh, bordel. C’était qui, ça ? Le constat d’une victoire ? Un pari gagnant ? Mais quel… !

- C’est un petit vrai plaisir ? Me rabaisser aussi souvent que possible ? Vous savez parfaitement que je dois au moins maintenir une moyenne correcte en littérature si je ne veux pas qu’on me claque la porte au museau dans toutes les écoles de journalisme ! C’est de l’acharnement à ce stade ! Ce n’est pas de l’ego de ma part, mais il n’y a aucune remarque valable qui justifie mes notes.

J’agitai la copie exempte de toute correction sous son nez et il l’écarta d’un doigt, agacé.

- Pas un seul conseil pour m’améliorer, juste des cassages de gueule à répétition dans une matière qui me passionne et dans laquelle je m’investis, repris-je. Tous les autres y ont droit, j’ai vérifié, mais pas moi ! Moi, j’ai juste une note minable et un commentaire laconique comme si j’étais un cas désespéré ! V-vous avez un problème avec moi ?!

- Pour deux raisons que je croyais évidentes, je ne peux pas avoir l’air de vous favoriser, avança-t-i d’un ton calme.

Il ouvrit la bouche pour continuer. Mais je vis rouge et le coupai.

…»

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-Merci. Sincèrement, merci… J’ai lu Poe et j’ai pris un quart de cahier de notes pour me donner des pistes de réflexion. J’aperçois déjà mieux comment améliorer ma gestion de la tension. Et c’est grâce à vous… toi.

Il sembla assimiler l’information, mais ne la commenta pas.

-J’ai aussi lu le Petit Prince. C’est… c’est magnifique et je crois que j’en suis tombée amoureuse, lâchai-je, enjouée.

-Comme le Petit Prince de sa rose, répondit-il, le ton rieur.

-Pourtant, elle n’est pas unique, soufflai-je, l’esprit ailleurs.

-Mais il a appris à la connaître et elle le devient pour lui. Parce qu’il a passé du temps avec elle. Et ça la rend différente. Il la tire hors de la masse. Il l’apprivoise. Elle l’apprivoise. Elle est différente, puisque c’est sa rose.

-D’accord, mais pourquoi la différencier de la masse ?

-Elle était la seule fleur à avoir réussi à atteindre sa toute petite planète.

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Je souris. Mon regard se tourna vers la pile de livres que m’avait prêtés Arthur. Je parcourus les titres. L’un d’eux m’interpella : Le Petit Prince. J’avais toujours cru que c’était un conte pour enfants, Dad me l’avait lu une fois. Je ne m’en souvenais plus vraiment.

Je l’ouvris et m’y plongeai.

« Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. »

Je refermai le livre, le Petit Prince sur la couverture me souriait. Oui, mais si on n’apprivoisait pas la bonne personne ?

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" - Rhodes... ? Mademoiselle Rhodes ?

Avant même que j'aie eu le temps de répondre, quelque chose frappa mon visage de plein fouet. Un grand murmure choqué s'éleva alors que j'observais rouler au sol, sidérée, le ballon de rugby qui m'avait percutée. Une rage folle me saisit.

- Mais c'est pas vrai ! m'exclamai-je, hors de moi, en attrapant le ballon.

D'un mouvement souple, je pris de l'élan et lui balançai ni une ni deux la balle incriminée dans la figure.

- Abby ! glapit Zoé, hésitant entre choc et hilarité."

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Rare étaient les instants où je m’étais sentie aussi bien. Regarder la neige, sa présence comme une force inébranlable et tranquille à mes côtés, le parfum et la chaleur de son pull, celle de la tasse entre mes mains. Ça n’avait rien à voir avec ces portions de bonheur que j’avais connues avec mes amis ou ma famille auparavant. J’étais juste enfin en phase. Avec moi-même et avec un autre être humain, pourtant particulièrement peu loquace en ce moment. Et je me découvrais aussi pendue à ses lèvres qu’à ses silences. C’en était effrayant.

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La porte claqua derrière lui. Je suivis du regard sa silhouette qui traversait le jardin enneigé. Son souffle formait des panaches de fumée et des flocons venaient se prendre dans ses mèches. Il me paraissait plus séduisant que jamais. Quand il atteignit son véhicule, je détournai enfin la tête.

— Tu l’as complimenté sur ses cours ou quoi ? Je l’ai jamais vu aussi souriant le matin, me fit remarquer Joleen, qui l’observait démarrer.

Elle se concentra sur moi et me détailla de la tête aux pieds.

— Il t’a passé son pull fétiche ?! Mais même moi, j’ai pas le droit de traîner dedans ! s’étrangla-t-elle.

Ses réflexions, pourtant dites sans animosité, me mirent mal à l’aise. Ce simple privilège qu’il m’avait accordé, plutôt que de me flatter, me faisait me sentir comme une voleuse. 

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«  Danse ! »

— Dégage, grinçai-je entre deux sanglots ravalés en serrant le pendentif jusqu’à ce qu’il semble percer ma peau.

— Abélia ? m’appela une voix rauque.

Je me retournai dans un sursaut et me retrouvai nez à nez avec monsieur Valverde. Tout mon corps se tendit vers l’arrière sous la surprise de le trouver si proche. Mon dos se plia douloureusement contre le rebord de l’évier.

— Tu vas bien ? fit-il en me scrutant.

Je hochai péniblement la tête en me forçant à sourire.

— Remarquable… Je ne pensais pas qu’on pouvait mentir aussi mal, dit-il en appliquant une main sur mon épaule.

Lentement, il dériva sur mon cou et deux de ses doigts se posèrent pour prendre mon pouls. Ce toucher fut comme un déclencheur encore plus terrible, et je ne parvins plus à dissimuler mon souffle irrégulier.

— C’est une crise d’angoisse, murmura-t-il alors que sa main dérivait sur ma nuque pour attirer ma tête contre son épaule et caresser mes cheveux. 

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Il revint tout à coup vers moi.

Furieusement, ses lèvres rencontrèrent les miennes. Nos dents s’entrechoquèrent, et je me fichais de la douleur. Je ne sentais que ses mains autour de son visage, son souffle confondu dans le mien, la manière dont son corps se perdait contre moi. J’étais troublée, comme si même ma tête n’avait jamais osé imaginer que ça se produirait. Jamais je n’avais réfléchi à l’effet que ça me ferait, jamais je ne m’étais autorisée à y penser. Et je compris pourquoi quand les vagues de désirs retenus déferlèrent sans que je puisse les endiguer.

Quelque chose se brisa, une illusion que j’entretenais à son égard vola en éclats. Celle que, face à moi, se tenait un homme sain, et à laquelle je m’étais cramponnée si fort. Il n’était pas sain. Il n’allait pas bien. Et dans la cassure, quelque chose s’éveilla. Maintenant que je le voyais tel qu’il aurait sans doute voulu que je ne le voie jamais… Je ne pouvais que m’accrocher à lui plus fort, perdre mes mains sur son corps. Agripper tout ce qu’il y avait de tangible en lui, tant le reste désirait m’échapper. Désespérée, je savais que rien de ce que je ferais ne m’empêcherait de souffrir.

Aussi vite qu’il avait initié le contact, il y mit fin, et me tourna le dos. 

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Il me pencha en arrière à la fin de la chanson, nos visages extrêmement proches l’un de l’autre. Et tout était comme ça aurait dû être. J’aurais aimé qu’il nous rapproche davantage, qu’il ose.

— Avec une rose entre les dents, ça aurait été mieux, murmurai-je.

— Ça peut s’arranger, répondit-il en riant.

Je ne compris qu’à ce moment-là le double sens de ma phrase pourtant innocente. Mais quand on savait l’étymologie de mon nom de famille, étroitement liée aux roses… Et il la connaissait. 

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Force m’était de constater que nous étions assez au point au niveau technique pour prendre plaisir autrement. Les portés complexes d’Eugénie avaient payé, et nous avions un passage par une table qui fut bien vite remplacée par le bureau. Il débarrassa d’un mouvement souple les copies qui échouèrent par terre, puis y monta avec adresse. D’un geste sûr, il m’attira à ses côtés. Je décollai du sol pour être entraînée par son simple bras autour de ma taille dans une série de pas instinctifs. Purement guidés par l’instant.

Il avait menti. Il avait déjà dansé. Je le percevais dans toutes les fibres de mon corps si lié au sien. J’avais chaud. Et enfin, je ne sentais plus ma tante dans l’ombre de mes pas. Je ne sentais plus que moi. Contre lui.

Il descendit, et nous effectuâmes un autre porté simple quand il me réceptionna habilement pour me reposer sur le sol. Le souffle court, je repris pied avec la réalité, consciente que m’attarder dans le flou de la danse n’amènerait rien de bon.

Par réflexe, j’élevai une main pour un high five avant de me rendre compte de la stupidité de mon geste. À ma grande surprise, il joua le jeu. Mais il conserva ma main contre la sienne un instant de trop.

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