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Elle se mordit la langue quand Thorn pressa sa bouche contre la sienne. Sur le moment, elle ne comprit plus rien. Elle sentit sa barbe lui piquer le menton, son odeur de désinfectant lui monter à la tête, mais la seule pensée qui la traversa, stupide et évidente, fut qu'elle avait une botte plantée dans son tibia. Elle voulut se reculer; Thorn l'en empêcha. Il referma ses mains de part et d'autre de son visage, les doigts dans ses cheveux, prenant appui sur sa nuque avec une urgence qui les déséquilibra tous les deux. Quand Thorn s'écarta finalement, le souffle court, ce fut pour clouer un regard de fer dans ses lunettes.

- Je vous préviens. Les mots que vous m'avez dits, je ne vous laisserai pas revenir dessus.

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Elle embrassa ses cicatrices, d'abord celle qui fendait le sourcil, ensuite celle qui lui crevait la joue, enfin celle qui lui traversait la tempe. À chaque constat, Thorn écarquilla davantage les yeux. Ses muscles, à l'inverse, se contractèrent.

— Cinquante six.

Il désenroua sa voix d'un raclement de gorge. Jamais Ophélie ne l'avait vu aussi intimidé, en dépit des efforts qu'il déployait pour ne rien en montrer.

— C'est le nombre de mes cicatrices.

Elle ferma, puis rouvrit les yeux. Elle le sentit à nouveau, en plus violent encore, cet appel impératif qui lui venait du fin fond du corps.

— Montre-les-moi.

Le monde cessa aussitôt d'être mot pour se faire peau. L'ombre blême des moustiquaires, le clapotis de la pluie, les lointaines rumeurs des jardin et de la ville, rien de tout cela n'existait plus pour Ophélie. La seule chose dont elle avait une perception aiguë, c'était Thorn et elle, leurs mains défaisant l'une après l'autre chaque retenue, chaque appréhension, chaque timidité.

Ophélie avait passé ses trois dernières années à se sentir creuse. Elle était enfin complète.

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« Le froncement perpétuel des sourcils de Thorn se relâcha d’un coup ; pas assez, toutefois, pour effacer la crevasse en travers de son front.

– Vous croyez que c’est pour le monde que je fais ça ?

La tension qui lui électrifiait le corps s’amplifia aussitôt, contractant ses mâchoires et durcissant ses yeux. Ophélie réalisa alors que ce qu’elle avait toujours pris pour de la détermination était en réalité une véritable rage.

– Dieu a dit qu’il vous gardera à l’œil, murmura-t-il d’une voix suffoquée. Juste devant moi. Je fais un mari exécrable mais je n’autorise personne, et surtout pas lui, à harceler ma femme. »

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« – Vous rappelez-vous ce que je vous ai dit l’autre soir, devant l’entrée du Mémorial ? Que je ne voulais pas de vos bons sentiments ?

Ophélie hocha le menton.

– J’étais sincère, poursuivit-il d’une voix implacable. Je n’en veux pas.

Il se renfrogna, comme s’il avait un goût désagréable en bouche. Ses doigts firent valser son verre d’une main à l’autre avant qu’il se décide à le poser.

– Du moins, pas seulement.

Ophélie s’humecta les lèvres. Thorn n’avait pas son pareil pour la faire se sentir tour à tour glacée et brûlante.

– Vous ne…

– Pas de demi-mesure, la coupa-t-il. Je ne suis pas et je ne veux pas être votre ami.

[...]

– Je refuse de vivre avec l’impression continuelle de vous mettre mal à l’aise, enchaîna Thorn d’un ton abrupt. Si ce sont mes griffes qui vous rebutent… je suis conscient d’être peu attractif… cette jambe ne m’empêchera pas de…

Il balaya son front d’une main excédée, comme s’il endurait un véritable calvaire grammatical.

Toute la nervosité d’Ophélie disparut aussitôt. Elle se débarrassa de ses gants comme d’une ancienne mue. Les coups durs avaient abîmé Thorn et les dégâts étaient plus considérables au-dedans qu’au-dehors. Elle se fit la promesse de le protéger de tous ceux qui pourraient l’écorcher davantage, à commencer par elle.

Elle s’approcha de manière à bien se tenir dans son champ de vision. C’était une bonne chose qu’il fût assis, ça les mettait à égalité. Il tressaillit quand elle appuya ses mains nues de part et d’autre de son visage. "

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Spoiler(cliquez pour révéler)Elle leva timidement la main vers l'épaule dont l'os roulait sous la chemise à chaque manipulation de boutons. Elle voulait obtenir toute l'attention de Thorn, tandis qu'elle libérait enfin les mots longtemps coincés en elle :

- Je vous aime aussi.

Elle eut un haut-le-corps. Thorn s'était retourné à une vitesse foudroyante pour lui bloquer le poignet. Sa réaction fut si brutale, l'éclat de ses yeux si dur qu'Ophélie crut qu'il allait encore la repousser. Dans un mouvement contraire, absolument imprévisible, il la tira en avant. Le tabouret bascula. Ophélie eut la sensation de s'enfoncer de tout son poids entre les côtes de Thorn lorsqu'ils tombèrent ensemble dans un fracas d'acier et une avalanche de cartons. La visionneuse explosa en débris de verre à côté d'eux sur le parquet.

C'était la chute la plus spectaculaire et la plus incompréhensible qu'Ophélie avait jamais vécue. Ses oreilles bourdonnaient comme des ruches. La monture des lunettes lui meurtrissait la peau. Elle ne voyait plus rien, respirait à peine. Quand elle réalisa qu'elle était en train d'écraser Thorn, elle voulut se dégager sans y parvenir. Il l'emprisonnait de ses bras avec une telle fermeté qu'elle ne distinguait plus les battements de leurs poitrines.

La barbe drue de Thorn lui entra dans les cheveux alors qu'il articulait :

- Surtout pas de gestes brusques.

Après la façon dont il venait de les précipiter par terre, cet avertissement était quelque peu incongru. L'étau des bras se relâcha muscle après muscle autour d'Ophélie. Elle dut prendre appui sur l'estomac de Thorn pour se redresser. A demi effondré sur le parquet, le dos contre une bibliothèque, il la surveillait avec une contraction extrême, comme s'il s'attendait à ce qu'elle provoquât une catastrophe.

- Ne refaites jamais ça, dit-il en appuyant sur chaque syllabe. Me prendre par surprise. Jamais. Avez-vous saisi ?

Ophélie était trop nouée pour lui répondre. Non, elle ne saisissait pas. Elle en vint à se demander s'il avait seulement écouté la déclaration qu'elle lui avait faite.

Elle se décomposa en apercevant les éclats de métal répandus sur le parquet. Il ne restait plus grand-chose de l'armature de Thorn.

- Rien qui ne puisse être réparé, commenta-t-il. J'ai des outils dans ma chambre. En revanche ceci est plus ennuyeux, ajouta-t-il avec un bref regard pour la visionneuse de microfilms éclatée en morceaux. Je vais devoir m'en procurer une autre.

Spoiler(cliquez pour révéler) - Je ne crois pas que ce soit une priorité, s'agaça Ophélie.

Elle se mordit la langue quand Thorn pressa sa bouche contre la sienne. Sur le moment, elle ne comprit plus rien. Elle sentit sa barbe lui piquer le menton, son odeur de désinfectant lui monter à la tête, mais la seule pensée qui la traversa, stupide et évidente, fut qu'elle avait une botte plantée dans son tibia. Elle voulut se reculer ; Thorn l'en empêcha. Il referma ses mains de part et d'autre de son visage, les doigts dans ses cheveux, prenant appui sur sa nuque avec une urgence qui les déséquilibra tous les deux. La bibliothèque déversa une pluie de documents sur eux. Quand Thorn s'écarta finalement, le souffle court, ce fut pour clouer un regard de fer dans ses lunettes.

- Je vous préviens. Les mots que vous m'avez dits, je ne vous laisserai pas revenir dessus.

Sa voix était âpre, mais sous l'autorité des paroles il y avait comme une fêlure. Ophélie pouvait percevoir le pouls précipité des mains qu'il appuyait maladroitement sur ses joues. Elle devait reconnaître que son propre cœur jouait à la balançoire. Thorn était sans doute l'homme le plus déconcertant qu'elle avait jamais rencontré, mais il la faisait se sentir formidablement vivante.

- Je vous aime, répéta-t-elle d'un ton inflexible. C'est ce que j'aurais dû vous répondre quand vous vouliez connaître la raison de ma présence à Babel. C'est ce que j'aurais dû vous répondre chaque fois que vous vouliez savoir ce que j'avais vraiment à vous dire. Bien sûr que je désire percer les mystères de Dieu et reprendre le contrôle de ma vie, mais ... vous faites partie de ma vie, justement. Je vous ai traité d'égoïste et a aucun moment je ne me suis mise, moi, à votre place. Je vous demande pardon.

Ophélie s'était voulue inébranlable, mais elle entendit sa propre voix se craqueler traîtreusement sur les derniers mots. Thorn fixa la larme qui roula sur son pouce ; il écarquilla tellement les yeux que sa balafre n'en finissait plus de se distendre.

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"Elle avait attendu de Thorn des mots et des gestes qu'elle n'avait jamais eus pour lui. A aucun moment elle n'avait dit " nous". A aucun moment elle n'avait fait un pas vers lui. A aucun moment elle ne s'était mise à nu.

La vérité, la seule vérité, c'est qu'elle avait été lâche.

Cette prise de conscience la traversa comme une brèche. Il lui sembla que c'était la surface entière de son être qui se craquelait de toutes parts, telle une coquille d'œuf. Cela lui fit mal, mais Ophélie savait que c'était une douleur nécessaire. La souffrance explosa quand son ancienne identité vola en éclats.

Elle se sentit mourir. Elle allait enfin pouvoir vivre "

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"-A quel moment ? lui demanda-t-elle. A quel moment cessons-nous d'être des humains et devenons-nous des objets ?

[... ]

-Certains humains sont des objets de leur vivant, Miss Eulalie"

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La seule véritable erreur est celle qu'on ne corrige pas.

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-Etes-vous contrarié? demanda-t-elle.

[...]

-Je réfléchis, marmonna Thorn sans ralentir l'allure.

-Vous avez cherché tout ce temps un livre que j'ai chapardé. Vous avez le droit d'être exaspéré.

Deux étincelles dans la nuit indiquèrent à Ophélie que Thorn venait de faire pivoter son regard vers elle.

-Si vous ne l'aviez pas fait sortir du Mémorial, Miss Silence l'aurait détruit et, avec lui, mon unique chance de survie. Ce qui me chiffonne dans votre histoire est de nature strictement mathématique.

-Mathématique ?

-Il m'a fallu plus de deux ans pour mettre en place des groupes de lectures qualifiés afin de passer au crible toutes les collections. Le premier ouvrage que vous prenez par inadvertance est le bon. Votre propension à malmener les statistiques est effrayante.

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« Alors qu’elle posait la main sur la poignée de la porte, un mot la retint :

– Ophélie.

C’était si surprenant de s’entendre appeler par son vrai nom, après avoir porté celui d’une autre pendant des mois, qu’elle sentit son estomac sursauter. Thorn allait-il enfin les prononcer, ces paroles qu’elle avait tellement besoin d’entendre ?

Il fit peser sur elle tout le poids de son regard, s’appuyant des deux poings à la table.

– Êtes-vous bien certaine que vous n’avez rien à me dire ?

Prise au dépourvu, Ophélie demeura cramponnée à la poignée de la porte.

Une étincelle fulgura alors au fond des yeux de Thorn.

– Vous savez où me trouver, dit-il en lui faisant signe de sortir. »

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