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Extrait ajouté par SarahCalman 2019-11-02T17:50:27+01:00

PROLOGUE

5 décembre 1484

5h50

Rome

La flamme vacillante jouait à faire bouger les ombres. La pièce faiblement éclairée par l’unique bougie et gelée par le froid dégageait une ambiance encore plus glaciale. La pointe de la plume plongea dans l’encrier, s’abreuvant du liquide noir, avant de poursuivre sa triste destinée sur le parchemin déjà souillé.

Les lettres se dessinaient une à une, formant de simples mots, sculptant de terribles phrases pour engendrer un texte aux conséquences bien funestes. Comme l’encre déversée par la plume en cet instant, bientôt le sang innocent coulerait à flots.

Le vieil homme signa son œuvre. Ravi de jouir du pouvoir conféré par son statut, ses yeux globuleux fixaient le parchemin. Sa bouche, surplombée par un nez proéminant, restait pincée sans trahir la moindre émotion. Pourtant, une effroyable crainte envahissait Giovanni Battista Cybo-Tomasello depuis qu’il avait été élu pape quelques mois auparavant et qu’il avait hérité du terrible secret légué par son prédécesseur Francesco della Rovere. Son unique obsession depuis ce jour : sauver à n’importe quel prix la religion qui lui avait apporté gloire, richesse et reconnaissance, comme l’avaient fait avant lui les papes successifs.

Les croisades menées depuis des centaines d’années au Moyen Orient et cette insatiable chasse aux hérétiques dans le continent n’avaient pas été de simples stratégies politiques comme Cybo le pensait jusqu’alors, mais des efforts désespérés d’hommes faibles qui avaient tout tenté pour préserver leur statut. Ce pape fraîchement nommé se sentait lui aussi prêt à user de tous les pouvoirs de son attribution pour conserver les privilèges de sa fonction. En aucun cas le secret ne devait être découvert.

De moins en moins vive, la flamme éclairait plus faiblement le sombre visage de l’homme. Fièrement, il jeta un dernier coup d’œil au parchemin et murmura ces quelques mots. Summis desiderantes affectibus . Innocent VIII n’était pas simplement entré dans l’Histoire. Il venait d’écrire l’Histoire. Des femmes innocentes allaient mourir, mais la grandeur et la richesse du pape resteraient intactes. La chasse aux sorcières ne faisait que commencer.

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Extrait ajouté par SarahCalman 2019-11-13T09:15:27+01:00

Le début du livre est disponible gratuitement en version ebook. Pour le télécharger, copiez simplement ce lien dans la barre d'adresse de votre navigateur :

https://www.fichier-pdf.fr/2019/11/09/lheritage-du-christ-extrait/lheritage-du-christ-extrait.pdf

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Extrait ajouté par SarahCalman 2019-11-02T17:53:05+01:00

CHAPITRE 2

17 mars 1491

00h30

Chinon

La pluie s’abattait sur la plaine sans répit depuis deux semaines. Des centimètres d’eau recouvraient les champs inondés devenus imperméables. Les paysans, impuissants, assistaient chaque jour à ce spectacle inquiétant. Ils voyaient leurs terres se noyer et commençaient à redouter le pire pour la moisson de juillet. Le froid glacial mêlé à l’orage quotidien rendait la taille des vignes de plus en plus difficile. Les malades ne se comptaient plus dans le village et les plus robustes, ceux encore debout, s’acquittaient seuls de cette lourde tâche, au péril de leur santé.

La mixture commençait à s’épaissir. Les flammes grandissantes dansaient autour du chaudron suspendu dans les airs par une corde attachée à une poutre du toit. La pièce était légèrement éclairée par une vieille lampe à huile qui produisait moins de lumière que le feu. Madeleine remuait consciencieusement à l’aide d’un bout de bois la potion savamment préparée à base d’eau et de plantes moulues, comme sa mère le lui avait enseigné. L’enjeu étant de taille, elle avait pris soin de parfaitement respecter les doses. La moindre erreur n’aurait pas été pardonnable. Tout en mélangeant, elle songea à l’immense bonté de cette femme qui avait consacré sa vie, comme une vocation, à améliorer le quotidien des autres.

Comme Madeleine cette nuit-là, et malgré le risque encouru, Constance, sa mère, avait pour habitude de concocter des remèdes qu’elle distribuait gracieusement à ceux qui en avaient besoin. Elle possédait ce don de soigner les maux. Mais l’Eglise redoutait le savoir de ces femmes capables d’accomplir des « miracles ». Il n’était pas envisageable que Dieu eût mis en leurs mains, à elles, ce pouvoir si grand. Et si ce n’était pas l’œuvre de Dieu, ça ne pouvait être que celle du Diable. Accusées d’hérésie et de sorcellerie, de nombreuses femmes, avec pour seul crime celui d’avoir aidé leur prochain, avaient été les victimes de leur extraordinaire connaissance et péri sur le bûcher. Mais Constance n’avait jamais cessé d’user de son savoir, issu de son héritage le plus précieux, et l’avait inculqué à sa fille dès son plus jeune âge.

Une larme coula sur la joue de Madeleine. A son tour, Constance était gravement malade et aucun des remèdes habituels ne semblait avoir le moindre effet. Jugeant que sa potion était prête, Madeleine décrocha le chaudron pour le poser sur le sol mouillé par l’eau qui s’infiltrait du toit.

Grondement de tonnerre. Une forte quinte de toux résonna derrière elle. Elle s’empara vivement d’une écuelle qu’elle emplit du breuvage et apporta le tout au chevet de sa mère allongée sur le sac de toile couvert de paille qui lui servait de lit.

— Bois ceci, Maman.

— Ma fille chérie, je suis encore assez lucide pour savoir que tout ceci est inutile.

Sa voix était saccadée et sa respiration lourde.

— Ne dis pas de bêtises, bois.

Constance s’exécuta. Nouvelle quinte de toux.

— Maintenant écoute-moi. Nous avons vu assez de malades dans notre vie pour juger de mon état et nous savons bien toutes les deux que je vais succomber à ce mal.

— Non Maman, je trouverai le remède. Je vais encore essayer et…

— Ça ne servirait à rien. J’ai étudié notre livre toute ma vie et aucun des remèdes qu’il contient ne pourra me guérir.

— La dernière page, Maman.

— Madeleine, ma chérie, tu sais bien que notre famille possède ce manuscrit depuis des générations et qu’en presque mille-cinq-cents ans, aucune de nous n’a réussi à percer le mystère de cette page. Etant donné les circonstances de son arrestation et de sa condamnation à mort, j’ai aujourd’hui la conviction qu’il n’a simplement pas eu le temps de terminer son ouvrage. Nous ne connaitrons probablement jamais son secret.

— Je ne suis pas d’accord avec toi. Je le découvrirai et je te sauverai, Maman.

— Ma fille adorée, tu es jeune, tu as toute la vie devant toi, et je sais que je vais bientôt t’abandonner avec ce lourd fardeau. Mais c’est important, plus important que ma vie, plus important que tout. C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu. Fais-moi la promesse de protéger notre livre à tout prix. Tu sais ce qui pourrait se passer s’il tombait entre de mauvaises mains et si ces personnes réussissaient là où nous avons échoué.

La respiration de Constance devenait de plus en plus difficile.

— Ne t’inquiète pas Maman, je connais la tâche qui m’incombe. Je te promets de tout faire pour empêcher que quiconque ne s’empare ne notre manuscrit et ne découvre le secret qu’il contient. Tu seras là pour m’y aider, n’est-ce pas ?

Les larmes coulaient sur le visage de Madeleine.

— Je t’aime tant mon enfant.

Adressant un dernier sourire à sa fille, Constance ferma les yeux pour ne jamais les rouvrir.

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Extrait ajouté par SarahCalman 2019-11-02T17:51:53+01:00

CHAPITRE 1

De nos jours, au mois de juillet

7h00

Paris

— Bien joué Johanna ! Toutes mes félicitations, tu viens de battre Vincent à plate couture.

— Yes !

— C’est toi qui remportes la Samsung Galaxy TAB. Désolé, Vincent, les filles sont carrément les meilleures aujourd’hui !

— Mais non, en fait je l’ai laissée gagner, je suis un type galant.

— Mais bien sûr ! Allez les filles, c’est votre jour de chance, faites-moi exploser le standard ! Et encore bravo Johanna, la tablette, c’est pas rien !

— Merci Manu, et toute l’équipe, vous êtes formidables.

— Ça me fait plaisir. Bonne journée à vous deux. Et on revient dans quelques instants après une courte pause. Ne bougez pas, on vous réserve encore plein de surprises pour vous réveiller de bonne humeur. A tout de suite…

Lena ouvre un œil. 7h01. La pièce est sombre, mais les volets laissent filtrer un mince filet de lumière qui vient se poser sur son visage. Elle grimace en levant péniblement le bras pour éteindre son radio réveil avant que les publicités qu’elle trouve particulièrement abrutissantes ne la mettent de mauvaise humeur. Les yeux plissés, elle le cherche à tâtons sur sa table de chevet, et parvient enfin à trouver le bouton qui mettra fin à cette succession de réclames.

Pourquoi faut-il que je me réveille tous les matins à l’heure des pubs ?

Encore à moitié endormie, Lena s’assoit sur son lit pour pouvoir s’étirer sans toucher le mur dont l’épaisseur ne permet pas ce genre de fantaisie si l’on souhaite conserver de bons rapports avec ses voisins. Et ça, Lena y tient énormément. La discrétion avant tout.

Elle se dirige vers l’unique fenêtre de la pièce, ouverte par cette forte chaleur, l’atteint en seulement deux pas et ouvre les volets pour laisser pénétrer la lumière. Nouvelle grimace. A présent, la pièce est éclairée et Lena a tout le loisir de contempler son vétuste studio. Sur sa gauche le lit de camp qu’elle vient de quitter, malgré son inconfort, avec regret. Juste à côté une petite armoire dans laquelle la jeune femme tente de ranger la totalité de ses vêtements, sacs et chaussures. Face à elle, et à quelques centimètres, la kitchenette parfaitement rangée. A sa droite, ce que l’on pourrait appeler une salle de bains si les éléments qui la composent étaient entourés de quatre murs. Une douche, un lavabo orné de diverses crèmes et tubes de maquillage, un miroir, en bref la base de ce dont toute femme coquette a besoin. Attenantes à ces meubles, les toilettes. Par bonheur, les « architectes » qui ont conçu le lieu ont pensé à les séparer du reste de l’appartement par une cloison et une porte. Soit, le logement n’est pas grand et quelque peu décrépit, mais il étincelle de propreté. Et Lena parvient même à se convaincre de plusieurs avantages à vivre dans un endroit aussi petit : de son lit, elle peut attraper ce qu’elle veut dans le mini-réfrigérateur et elle ne perd pas de temps en déplacements inutiles dans sa maison. Bien consciente de ne pas habiter l’appartement de ses rêves, elle se contente de ce qu’elle a et, au regard de son passé chaotique, se complaît même dans sa situation présente.

Voilà un peu plus de trois ans que Lena a pu quitter le foyer qu’elle a intégré après que sa dernière famille d’accueil – prétendant ne pas réussir à gérer cette jeune fille difficile – l’a gentiment remise aux mains de l’assistante sociale réquisitionnée en urgence un soir de juillet alors que Lena entrait tout juste dans sa quinzième année. Son aversion pour l’autorité l’a poussée à bien des sottises dont les souvenirs la partagent aujourd’hui entre regrets de ces bêtises adolescentes et nostalgie de cette insouciance. Ayant toujours eu en horreur de demeurer sous la tutelle d’inconnus, elle aime aujourd’hui plus que tout son indépendance. Elle travaille dur et sans relâche pour s’acquitter du loyer abusif de ce minuscule studio et vivre convenablement. Et la jeune femme n’est pas peu fière d’y parvenir.

Après une douche rapide, elle attrape dans son armoire une chemisette et son tailleur préféré dont la jupe noire moulante met en avant ses formes féminines, les enfile, se tourne vers l’unique miroir de la pièce, peigne ses longs cheveux châtains qu’elle noue en queue de cheval, et prend le temps de magnifier son regard bleu en ajoutant à ses cils une fine couche de mascara. Lena prend quelques secondes pour observer son visage. Ses yeux se posent sur le collier qui orne son décolleté. Son porte-bonheur. Elle l’a toujours eu et ne le quitte jamais.

La jeune femme claque la porte de son quinze mètres carrés, la ferme à double tour et s’engage dans les escaliers. Six étages. Par cette chaleur, elle préfère encore les descendre.

Direction le métro.

Comme tous les matins à la même heure, elle s’engage dans la rue Riquet, tourne à droite dans la rue Marx Dormoy, puis pénètre dans la bouche de métro ; comme tous les matins, une chaleur étouffante commence à envahir son corps et la lourdeur de l’air rend pénible sa respiration pendant quelques secondes. Elle avance en direction de la borne à tickets.

Ligne 12.

En cette période, les wagons sont presque vides à cette heure matinale. La vague humaine qui déferle habituellement en ces lieux a disparu. Les honnêtes travailleurs sont pour la plupart en congés, au grand désespoir de Lena. Les temps sont durs depuis un mois. Elle a dû piocher dans ses maigres économies pour ne pas se faire mettre à la porte de son minuscule logement dont le propriétaire n’accepte pas de retard pour le paiement du loyer.

Elle se tient debout dans le métro depuis déjà quinze minutes. Les stations défilent. Aucune opportunité. Où sont les effluves de Parisiens pressés qui marchent la tête rivée sur leurs chaussures, obnubilés par leurs petits tracas, sans se soucier de ce qui se passe autour d’eux ? Cette masse populaire, qui avance et se déplace tel un troupeau de moutons sans berger, manque cruellement à la jeune femme. Les moutons qui répondent présents aujourd’hui paraissent plus détendus, probablement reposés par leurs récents congés ou à la perspective des vacances qui approchent, ou tout simplement grâce à l’espace dont ils disposent dans ce lieu habituellement surchargé. Patience, les touristes seront bientôt de la partie.

Lena n’a pas remarqué le jeune homme en costume, d’au plus deux ou trois ans son aîné, qui jette depuis plusieurs minutes de furtifs coups d’œil dans sa direction pour essayer de capter son joli regard. Ignoré de la jeune femme, il se résout finalement à abandonner son siège pour se rapprocher d’elle et tenter d’entamer une conversation.

— Bonjour.

— Bonjour, lui répond-elle froidement.

Il est séduisant, mais elle n’a vraiment pas le temps de se faire draguer.

Le beau blond ne s’avoue pas vaincu.

— Pas facile d’aller bosser en plein été alors que tout le monde est en vacances.

— Effectivement.

Alors qu’elle est sur le point de mettre un terme à cet inintéressant début de conversation qui ne vient que troubler sa concentration, elle voit en cette situation une aubaine et lui lance son plus beau sourire. Le jeune homme, agréablement surpris, ne perd pas une seconde.

— Bientôt en vacances ?

— Oui, bientôt.

Mais Lena doit avant tout savoir de combien de temps elle dispose.

— Tu descends à quel arrêt ?

— Madeleine. C’est le prochain.

Lena continue de lui sourire.

— Tu me tiens compagnie jusque-là ?

— C’était bien mon intention, lui répond-il avec un clin d’œil. Tu vas où toi ?

— Jusqu’au terminus.

— Tu travailles où ?

Lena improvise.

— À la mairie.

— On ralentit, je vais devoir descendre. Tu penses qu’on pourrait se revoir ?

— Bien sûr. Pourquoi pas demain ? Même heure, même endroit.

— Super !

Profitant du traditionnel brusque freinage du métro, Lena exagère son déséquilibre pour se rapprocher du jeune homme. Elle glisse sa main dans la poche intérieure de sa veste de costume, avant de se redresser, tout sourire, avec un air de gamine gênée.

— Pardonne-moi, j’ai perdu l’équilibre à cause de mes escarpins.

— Pas grave, ça arrive.

Il s’éclipse du wagon, accompagnant sa sortie d’un rapide clin d’œil en direction de sa nouvelle amie.

— A demain !

Fière d’elle, Lena sourit. Elle range le portefeuille du blondinet dans son sac. Le pauvre, il ne la reverra jamais. Au suivant.

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