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Prologue

Le choc fut brutal. étourdi et engourdi,

Askorias se releva péniblement et regarda autour de lui. Cette quatrième intrusion dans l’autre monde s’était révélée encore plus

éprouvante que les précédentes. Mais, heu- reusement, grâce aux étranges glyphes qu’il avait pensé à tracer sur cette dalle la dernière fois, il n’avait pas atterri sur l’une des terrasses venteuses.

Il laissa s’exhaler un soupir de soulagement et se redressa.

Askorias And’thriel était sans conteste le nécromancien le plus puissant de Rhasgarrok.

Nul autre que lui n’avait côtoyé la mort d’aussi près. Depuis toujours, outre-tombe le fascinait, l’attirait, l’appelait.

De longues heures d’étude dans son mauso- lée, aux confins de la cité souterraine, l’avaient pâli comme un cadavre et émacié comme un squelette, mais ses yeux carmin brillaient d’une flamme bien vivante. Lorsqu’il avait appris que matrone Sylnor, sa petite-fille, cherchait un puissant nécromancien, il n’avait pas hésité.

Il avait quitté l’ombre et la solitude pour se mettre au service de la protégée de Lloth.

Il ne le regrettait pas. Grâce à l’aide de la déesse araignée, il avait pu repousser les limites de son pouvoir et atteindre l’inaccessible royaume des morts, le palais des Brumes, le légendaire

édifice qui abritait les âmes damnées de ceux qui n’avaient pu devenir des anges. Désormais

Askorias avait accès à ce territoire interdit aux mortels.

Mais il avait également appris à ses dépens qu’on ne bravait pas impunément la mort.

L’effort psychique fourni était tel que chaque voyage dans l’au-delà l’affaiblissait un peu plus que le précédent et le laissait pantelant et sans force. En fait, il était bien plus facile pour un mage noir d’envoyer une autre personne dans les ténèbres que de s’y aventurer soi-même.

Pourtant, toute sa vie, Askorias s’était préparé

à ce moment.

Des décennies durant, il avait enrichi sa connaissance du monde des ténèbres. Il avait

écumé les bibliothèques les plus secrètes, consulté les ouvrages les plus sombres, mis en pratique les rites les plus démoniaques.

En s’astreignant à un ascétisme et à une discipline des plus stricts, il avait enchaîné sans répit les cérémonies occultes, les messes noires et les sacrifices sanglants pour pactiser avec les esprits les plus féroces. Pourtant tous ces efforts l’avaient à peine rendu apte à survivre au passage.

Sa survie, il ne la devait qu’à sa volonté.

Seule sa farouche détermination lui permettait de franchir l’ultime frontière et de rester en vie dans le palais des Brumes. Car, si y pénétrer

était une chose, côtoyer les morts en était une autre.

Néanmoins, il refusait catégoriquement que quelqu’un d’autre que lui accomplisse la mission que lui avait confiée Sylnor, même si l’aventure avait un prix.

Askorias tendit l’oreille. Aucun son ne lui parvint. Tant mieux ! Il préférait être seul encore un moment avant d’affronter les esprits d’outre-tombe. Dans le silence de cette petite salle sombre et oubliée, perdue au cœur d’un royaume dont les mortels ignoraient l’existence, le nécromancien effectua quelques mouvements compliqués. Une gestuelle aussi précise que secrète, répétée des centaines de fois, destinée à duper les défunts en dissi- mulant son odeur de vie. Ainsi nimbé d’une aura de putrescence, le vieillard squelettique pouvait aisément passer pour l’un des leurs.

Une fois le rite accompli, il se dirigea vers l’unique porte de la pièce. Il l’ouvrit et jeta un coup d’œil prudent au-dehors. N’ayant rien détecté de suspect, il referma soigneusement le battant derrière lui. C’était une règle à laquelle les morts ne dérogeaient jamais. Toujours refermer les portes du palais des Brumes.

Tous ses sens aux aguets, Askorias se mit en route. Il connaissait le chemin et n’hési- tait pas à chaque croisement. Pourtant il s’arrêtait régulièrement pour humer l’air, redoutant de tomber nez à nez avec l’une de ses anciennes victimes ou l’un des démons qu’il avait autrefois invoqués. Aussi violentes qu’imprévisibles, ces entités aimaient rare- ment être dérangées par les mortels. Même si le nécromancien pouvait à présent passer pour mort, il n’était pas à l’abri des représailles d’un démon rancunier.

Car il en allait ainsi dans le palais des Brumes.

Si certaines âmes erraient sans but, attendant qu’on leur offre une éventuelle rédemption, d’autres s’alliaient, pactisaient, ourdissaient des complots pour gagner en puissance, nourrissant le secret espoir de devenir un jour maître d’une des tours du palais. Mais ce n’était pas celles-là que craignait Askorias.

Il redoutait plutôt les esprits tourmentés qui n’aspiraient qu’à se venger de sévices subis de leur vivant. Et Lloth savait qu’Askorias lui avait offert de nombreux sacrifices !

Le palais était comme une arène gigantesque où le danger pouvait surgir de nulle part, à

n’importe quel moment. Même les brumes qui flottaient au-dehors étaient redoutables.

Lors de sa première incursion dans le monde des morts, le nécromancien avait atterri sur l’une des terrasses de l’immense édifice. Il ne s’était pas inquiété des nappes de brouillards filamenteuses qui se mouvaient lentement autour de lui ; il ignorait alors leur véritable nature. Ce n’avait été que plus tard, alors qu’il avait commis l’erreur de laisser une porte entrouverte, que des défunts anciens lui avaient appris que les nuées blanchâtres pouvaient se transformer en redoutables bourrasques et déferler telles des vagues glaciales et implaca- bles, pour tout balayer sur leur passage. Il avait

également vu des tourbillons se glisser dans les labyrinthiques couloirs comme autant de tentacules avides, afin de s’emparer de défunts.

Ceux qui ne parvenaient pas à leur échapper disparaissaient à jamais dans les limbes coton- neux où flottait le palais. Personne ne savait ce qu’ils devenaient.

Les morts pouvaient-ils mourir une deuxième fois ? Cette pensée fit frissonner le nécromancien. Lors de son deuxième séjour

à outre-tombe, il avait vu trois de ses alliés, pourtant de robustes démons, aspirés et entraînés vers le néant comme des fétus de paille. La puissance de la tourmente avait été

telle qu’Askorias n’avait dû son salut qu’à

une porte dérobée qu’il s’était empressé

d’ouvrir et de claquer derrière lui. Il n’avait d’ailleurs pas osé la rouvrir, préférant regagner aussitôt le monde des vivants.

Ayant réalisé le danger extrême auquel il s’exposait, Askorias avait inventé maints pré- textes pour reculer son troisième périple au royaume des morts. Mais, devant l’insistance de Sylnor, il n’avait pu différer indéfiniment son départ. Par chance, lorsqu’il avait atterri une fois de plus sur la terrasse, il avait bénéficié

de la même clémence des éléments. Conscient que ce coup de veine ne se renouvelle- rait sûrement pas quatre fois de suite, il avait pris ses précautions et gravé sur le sol d’une pièce déserte des signes occultes qui allaient lui garantir une prochaine arrivée en toute sécurité.

De nature prévoyante, le nécromancien n’avait pas choisi cette salle au hasard. Située dans la tour des Pleurs, où erraient les âmes vagabondes qui ressassaient en sanglotant leurs crimes passés, elle jouxtait une passerelle qui menait à la tour des Sages. Or, c’était dans cette tour précisément que se trouvaient les bonnes

âmes qui avaient délibérément choisi de rester

à outre-tombe pour influer sur les vivants et protéger les leurs, plutôt que de rejoindre le royaume des dieux pour se transformer en anges.

« Un ange ! Quelle horreur ! » songea Askorias en grimaçant de dégoût. L’idée de devenir un jour l’une de ces entités lumineuses sans personnalité ni volonté propre le révulsait.

Heureusement, ce ne serait jamais le cas. Son

âme était tellement corrompue que le jour de sa mort il rejoindrait directement les cohortes d’esprits maléfiques qui hantaient la tour des

Monstres. Un sourire mauvais déforma sa face

émaciée. Ce jour-là, nul doute qu’il chercherait

à évincer ses concurrents et aspirerait à devenir le plus puissant des monstres.

Mais avant il avait une mission à accomplir.

Arrivé au bout du couloir, Askorias s’appro- cha de l’un des vitraux du palais et s’assura que les nappes de brouillard à l’extérieur étaient immobiles, avant d’ouvrir la lourde porte qui donnait accès à la passerelle.

Le mince bras de pierre suspendu dans les airs ne mesurait qu’une vingtaine de mètres de long, mais parcourir cette distance dans une brume épaisse et moite qui pouvait prendre vie d’une seconde à l’autre pour attaquer

était réellement oppressant, même pour un nécromancien expérimenté.

Askorias referma la solide porte derrière lui et prit une grande inspiration. il était seul, maintenant. Seul avec ces nappes blanchâtres qui flottaient autour de lui. S’il marchait assez lentement, s’il essayait de les contourner pour ne pas les effilocher, s’il prenait son temps et retenait son souffle, il aurait peut-être une chance d’atteindre la tour d’en face qu’il devi- nait à peine, noyée dans son linceul de brume.

Un des alliés qu’il s’était faits lors d’un voyage précédent, un rôdeur intrépide et curieux, lui avait expliqué que le palais des Brumes comp- tait sept tours. L’esprit n’avait bien entendu jamais vu l’édifice dans son entier, mais il avait visité les six tours latérales en se dépla-

çant de l’une à l’autre grâce aux passerelles qui défiaient le vide. En fait, ces six tours en encerclaient une septième, plus haute et plus massive, mais également plus mystérieuse, vu qu’aucune passerelle ne la reliait aux autres.

Nul esprit ne s’y était jamais rendu.

Askorias s’arrêta un instant pour chercher des yeux cette fameuse tour centrale. Ne la voyant pas, il reprit sa lente progression. Sa nervosité

était telle qu’il sentait à présent la sueur glisser entre ses omoplates. Ses gestes demeuraient pourtant fluides et mesurés. Telle une ombre, il s’efforçait de glisser entre les lambeaux de brouillard sans les déchirer davantage.

Il avait accompli plus de la moitié du trajet lorsqu’il sentit un courant d’air chatouiller son visage gris. Un mouvement vif attira son regard vers la gauche. Un instant, il aurait juré

avoir vu une forme sombre se mouvoir dans la brume épaisse, un peu comme une créa- ture aquatique glissant dans une eau laiteuse.

Askorias s’immobilisa. Une dizaine de mètres le séparait encore de la tour. Il n’avait plus le choix. Pris d’une peur panique, il s’élança en direction de la large porte dont il commençait

à apercevoir les contours. L’air commença alors à s’agiter. Les nappes immobiles aupa- ravant se mirent à onduler de plus en plus rapidement, comme si elles prenaient vie, et le cœur d’Askorias tambourina dans sa poitrine au rythme de sa course effrénée.

Que pouvait la brume contre lui, le seul vivant du royaume des morts ? Il refusa de répondre à sa propre question, s’empara de la poignée rouillée de la porte et tira de toutes ses maigres forces. Le battant ne résista pas et le vieux drow se précipita à l’intérieur de la tour.

Il claqua la porte derrière lui.

À bout de souffle, le nécromancien s’adossa contre le lourd battant. Les yeux fermés, il tenta de calmer sa respiration.

— Vous êtes en retard, maître! ironisa une voix nasillarde qui le fit sursauter. Je vous attendais plus tôt.

— Hum ! J’ai fait ce que j’ai pu, figure- toi ! grommela Askorias en s’empressant de retrouver sa contenance. Bon ! tu l’as trouvé ?

L’urbam qui l’avait autrefois servi dans l’autre monde tendit une main crasseuse.

— Un marché est un marché. Vous m’aviez promis une petite compensation…

— J’ai ce que tu m’as demandé, déclara le nécromancien en sortant une fiole écarlate de sa poche. Mais je ne te la donnerai que lorsque tu m’auras conduit jusqu’à Ravenstein !

— Chut ! Pas si fort ! cracha l’autre en ouvrant des yeux ronds. Seriez-vous devenu fou ! L’esprit que vous cherchez est l’un des plus puissants de cette tour. Il est très apprécié

ici. Ne prononcez plus son nom et suivez- moi !

Askorias se renfrogna, mais il suivit son guide sans mot dire. Il se serait bien passé des services de son ancien serviteur, mais il n’avait pas pu faire le difficile. Rares étaient les mau- vais esprits suffisamment inconscients pour s’aventurer seuls dans la tour des Sages. Pour le convaincre, le nécromancien avait dû l’ap- pâter. Il savait que l’urbam ne refuserait pas un peu de sang humain.

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-Qui osent troubler mon repos?

Halfar pivota aussitot et, reconnaissant l'hôte de ces lieux, vint se placer devant sa cousine. Face à lui se tenait la gironde Zélathory, toute de violet vêtue. Elle portait un diadème d'ambre et sur sa pointrine opulente tombait des dizaines de colliers de pierres précieuses dont la facette multicolores réfractait la lumière des bougie.

-Ça lors, Halfar! Mon petit Halfar. je ne m'attendait vraiment pas pas une tellemnt surprise! Mais petmet-moi de m'étonner:comment se fait-il que tu sois parvenu a ouvrir la porte de mon domaine privé?

Le jeune homme qui préférait taire le secret de sa cousine invent la première réponse qui lui vint à l'esprit...

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