Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

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x-Key
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Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar x-Key » 2020-05-13T15:51:24+02:00

Bonjour à tous !

le thème du concours de mai nous a été proposé par Charly09, l'une des deux lauréats du concours de mars : Échec et mat ! Exploitez ce thème comme vous le souhaitez et laissez libre court à votre imagination !

Image


Le lauréat de ce mois de mai sera dévoilé entre le 15 et le 31 juin. Il aura la charge de choisir le thème du concours du mois de juillet !

Pour rappel :

♦ Vous avez tout le mois (et pas plus !) pour poster votre texte sur le sujet, nous n'accepterons pas les retardataires.
♦ Un jury composé de plusieurs personnes lira ensuite vos créations littéraires et désignera le texte vainqueur. Le gagnant sera récompensé d'un badge spécial et d'une petite surprise.
♦ Tous les types de textes sont acceptés (fiction, histoire vraie, nouvelle, essai, en vers, en prose) du moment qu'ils collent au thème !
♦ Il n'y a pas de limites minimum de caractères. En terme de taille, le format d'une nouvelle de 15 000 signes (environ 7 pages) est le maximum qui sera accepté.
♦ Faites attention à votre expression et à votre orthographe, il est toujours plus agréable de lire des textes écrits dans un français correct ;)
♦ Les textes écrits avant le concours ne seront pas acceptés. Vos textes doivent avoir été écrits spécifiquement dans le cadre du concours.
♦ Attention : Seuls les membres de Booknode dont le profit sera un minimum complété (quelques livres en biblio et infos sur le profil) pourront participer, peu importe votre date d'inscription. Vous pouvez très bien vous être inscrits la veille, il n'y a aucun soucis, tant qu'il est clair que vous ne vous êtes pas inscrits sur le site juste pour participer et ne jamais y revenir ;)



Bonne chance à tous ! :)

x-Key
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar x-Key » 2020-05-13T16:40:25+02:00

Exceptionnellement, car le concours a été lancé avec du retard, vous pourrez poster vos textes ici jusqu'au 7 juin !

Micum
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar Micum » 2020-05-14T17:51:43+02:00

être féru d'échecs et ce concours qui tombe à pic, c'est une aubaine !
merci à Charly09 ! :D

charly09
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar charly09 » 2020-05-14T20:11:39+02:00

Micum a écrit :être féru d'échecs et ce concours qui tombe à pic, c'est une aubaine !
merci à Charly09 ! :D


Voilà qui me fait plaisir ! :P

chamalow2005
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar chamalow2005 » 2020-05-21T22:40:32+02:00

Super idée j'adore les échecs .

chamalow2005
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar chamalow2005 » 2020-05-21T22:50:13+02:00

;)
Dernière édition par chamalow2005 le jeu. 04 juin, 2020 4:01 pm, édité 1 fois.

Beille
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar Beille » 2020-05-24T01:55:36+02:00

Les Noirs Maléfiques de l’Enfer étaient en guerre contre les Blancs Angéliques du Paradis. Si e Paradis gagnait, l’Enfer serait verrouillé jusqu'à la fin des temps sans pouvoir voir les couleurs du Paradis, mais si l’Enfer gagnait, le Paradis ne verrait jamais ses couleurs vives à nouveau. La guerre se déroulait en Enfer. Les Pions Noirs étaient déjà tous tombés et hors combat. Les Tours Noirs menaçaient de s’écrouler à tout moment. La Reine Noir qui était malade depuis longtemps était morte ce matin et elle ne pouvait plus servir de protection pour son mari. Les Cavaliers faisaient du mieux qu’ils pouvaient, mais il n’en restaient plus que quelques’uns et les Fous étaient tous morts. Les Blancs n’avaient pas subit de grosses pertes. Certes, ils ne leur restaient que quelques Pions, mais il n’y avait que quelques Fous qui étaient hors combat. Les Cavaliers étaient encore tous sains et saufs et la Reine Blanche était en parfaite forme. Le Roi était garanti d’une forte protection et ne craignait rien pour lui et son épouse. De plus, les Tours étaient en parfait état. Une Tour Noire s’écroula d’elle-même. Les Pions Blancs déclarèrent la guerre aux Cavaliers Noirs. Comme il restait quatre Cavaliers Noir et qu'il ne restait que trois Pions Blanc, l’une des deux Tours Blanches leur porta secours pendant que l’autre démolissait la Tour Noire restante. Les Fous se préparaient à affronter le Roi Noir pour le tuer et terminer la guerre. Cela faisait trois ans qu’ils étaient en guerre et ils avaient hâte de pouvoir rentrer à la maison. Les Pions et les Tours finirent leurs tâches sans trop de difficultés. Ensuite, les Tours, les deux Pions Blanc restant, l’un d’eux était mort en se battant contre les Cavaliers et les Fous entourèrent le Roi Moire. Les Cavaliers restèrent près de leur Roi au cas où la mission des autres Blancs tournerait mal, cela donnerait une protection au Roi et à la Reine Blanche. Le Roi Noir était cerné, il n’avait aucune chance de survie. Les Pions restèrent à l’écart et les Tours firent de même. Ils ne voulaient pas se faire tuer dans cette affaire et ils savaient qu’ils étaient plus vulnérables que les Fous qui, eux n’avaient peur de rien et pouvaient se battre contre n’importe qui. Ils ne firent qu’une bouchée du Roi, le tout fut terminé dans quelques secondes. Les Blancs Angéliques du Paradis étaient très contents. Ils avaient gagné la guerre et ils vivraient dans les couleurs jusqu'à la fin des temps. De plus, les Noirs Maléfiques de l’Enfer ne les dérangeraient plus jamais et ils pouvaient rentrer chez eux avec le repos éternel. Mais quel massacre! Les Noirs vivaient dans les ténèbres absolues sans couleurs, mais c’était bien fait pour eux. C’était un échec et maths bien mérité.

Alexia_Dan
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar Alexia_Dan » 2020-05-24T20:30:25+02:00

D'un même pas, l'armée avançait en silence. Elle arriva dans une grande plaine où elle s'arrêta. Luréus avait peur. Il pouvait sentir ses mains trembler et son coeur battre la chamade. Il regarda les autres. Il espérait que cela le rassurerait. Juste derrière lui, se tenait le Roi Archibald et son épouse la Reine Lenah. Ils étaient entourés par Elazar et Sonkto, les deux généraux que l'on surnommait parfois les fous en raison de leur caractère. Puis venaient Sir Fabian et Sir Amariel, les deux chevaliers. Enfin, à chaque bout de la ligne se tenaient Welgor et Hedlin, les deux gardes. Et lui, qu'était-il ? Un simple soldat qu'on avait forcé à aller à la guerre. Tout ce qu'il voulait c'était rentrer chez lui. En supposant qu'il survivrait assez longtemps. Il regarda son armure, aussi sombre que ses pensées.
Soudain, on entendit un bruit de pas. L'ennemi arrivait. Bientôt une armée semblable à la sienne arriva. Tous portaient des habits d'un blanc immaculé. C'était l'armée du Roi Théodore. Personne ne savait pourquoi les deux Rois se faisait la guerre et c'était toujours les soldats qui ont payé le prix.
La bataille commença. Quelques soldats d'Archibald, dont lui, se déployèrent pour former un bouclier protecteur pour leur Roi. Théodore opta pour une autre stratégie. Il demanda à ses soldats d'avancer pour laisser la place à ceux qui étaient plus puissants qu'eux. On voyait bien lequel défendait et lequel attaquait.
-Luréus ! Attaque le chevalier ! s'écria le Roi.
En effet un des chevaliers adverses s'approchait de lui au galop. Luréus déglutit, serra fort son épée et attaqua. Il planta son arme dans le flanc du cheval, lequel tomba à terre. Sans attendre, il sauta sur le chevalier et l'acheva avant qu'il puisse faire quoique se soit. Il regarda le cadavre avec horreur. Aujourd'hui, il venait de tuer quelqu'un, quelqu'un qui avait une famille qui l'attendait. Non... Non ! Il ne voulait pas de ça, il ne le voulait pas !
Il était tellement distrait qu'il ne remarqua même pas un des gardes adverses qui fonçait vers lui. Il fut sauvé juste à temps par Sir Amariel, qui, d'un puissant coup d'épée trancha la tête de l'ennemi.
-Ne reste pas là, Luréus, fit-il. Tu pourrais te faire tuer.
-Je... Je...
-Amariel, reviens ici ! ordonna Archibald.
Le chevalier sourit au jeune soldat.
-Il faut que j'y aille. Continue comme ça. Tu te débrouilles très bien.

La bataille était désormais plus avancée. Welgor et Hedlin était morts, ainsi que le général Sonkto qui s'était sacrifié pour sauver Sir Fabian. Il ne restait que deux soldats: lui et son ami Akim. Malheureusement la Reine avait été capturé. Au campement, on essayait de trouver un plan pour la libérer.
-Bien, commença le Roi, j'ai réfléchi à un plan pour sauver la Reine. Théodore n'a plus que des soldats ce qui le rend vulnérable. Je veux donc que Fabian, Amariel et Luréus fassent diversion pour permettre à Akim d'aller libérer la Reine. Elazar, tu assureras ma protection.
En entendant cela, Luréus eut envie de protester mais il savait qu'il n'avait pas son mot à dire. Akim le savait aussi. Il hocha la tête, résigné, mais n'importe qui aurait pu lire la peur dans ses yeux.

Luréus combattait un soldat particulièrement doué aux côtés des deux chevaliers. Le plan fonctionnait à merveille. Les soldats ennemis avaient été trop concentrés sur les envahisseurs pour remarquer Akim entrer dans le camp. Ils n'avaient qu'à attendre son signal pour battre en retraite. Pourtant, tandis qu'il combattait, Luréus ne put empêcher ses larmes de couler.

La Reine était de retour. Elle avait insisté pour porter le corps du soldat défunt. D'après Lenah, Akim avait tué l'épouse de Théodore qui l'avait tué en retour. Heureusement elle avait pu récupérer son corps et partir.
Arrivés au camp, le Roi Archibald se concentra uniquement sur sa femme. C'était comme si la vie d'Akim ne valait rien. Extrêmement contrarié, Luréus décida de rester à l'écart. Qui se préoccuperait de lui de toute façon ? Pourtant Sir Amariel ne tarda pas à le rejoindre.
-Je suis désolé, fit le chevalier.
-Les excuses ne vont pas ramener Akim ! s'emporta le jeune soldat, oubliant qu'il devait être respectueux.
-Je comprends ta colère. Vraiment, affirma Amariel. Mais cela ne servira à rien désormais.
Soudain Luréus commença à pleurer. Avant, cela ne lui arrivait presque jamais. Mais, depuis que cette guerre avait commencé, il pleurait de plus en plus souvent.
-Est-ce tout ce que nous sommes pour lui ? demanda-t-il. Un vulgaire sacrifice.
-Ne croit pas que c'est une chose qu'il veut, répondit le chevalier. La guerre est une chose affreuse, personne ne souhaite vraiment qu'elle ait lieu.

Luréus, Sir Amariel, Sir Fabian et le général Elazar attaquaient les quatres soldats restants de Théodore. Le Roi et la Reine étaient restés au campement. Les guerriers devaient terminer la guerre. Ils devaient tuer le Roi adverse.
Sir Fabian était en difficulté. Il combattait un soldat au corps à corps. Luréus aurait voulu l'aider mais il était trop occupé avec son propre adversaire. Soudain le chevalier perdit son épée. Le soldat en profita pour l'achever. Puis il s'attaqua à Amariel. Le jeune soldat se battit alors de toutes ses forces pour tuer son adversaire. Il ne pouvait pas laisser les soldats tuer son ami.
Malheureusement quand il réussit, c'était déjà trop tard. Amariel avait tué ses deux ennemis mais il était mortellement blessé.
-Amariel ! s'écria Luréus en s'approchant de lui. Tu ne peux pas mourir !
Le chevalier le regarda. Ses yeux brillaient.
-Luréus, commença-t-il d'une voix faible. Tu... Tu dois arrêter cette guerre. Le sang... Le sang a beaucoup trop coulé. Prouve à Archibald... que tu n'es pas qu'un sacrifice. Fais-le... Fais-le pour Akim.
Et ce fut la dernière chose qu'il dit avant de mourir.
-Non ! Amariel !
-Vas-y, déclara Elazar. Je vais rester avec lui.
Le jeune soldat essuya ses larmes et hocha la tête. La dernière chose qu'il pouvait faire était de respecter la dernière volonté de son ami. Il entra dans le camp, désormais désert et se dirigea vers la plus grande tente. Théodore attendait, épée à la main.
-Ainsi donc, Archibald envoie un soldat pour me tuer, fit Théodore. Comme il a envoyé un soldat pour libérer son épouse. Il est vraiment bête.
Luréus sentit une grande colère l'envahir. Ce n'était pas la même colère qu'il avait ressentit envers le Roi Archibald. Cette colère-ci était froide, froide et dévastatrice. Il inspira profondément et attaqua. Il donna des coups d'une précision qu'il ne savait pas possédé. Il réussit à désarmer rapidement Théodore qui tomba à terre. Même quand il était à la merci d'un soldat, il gardait son air narquois. Luréus leva son épée et la planta dans le coeur du Roi.
-Ca, c'est pour Akim !

-Echec et mat, Théo, affirma fièrement le jeune garçon.
Théo regarda le plateau d'échecs. La surprise se lisait sur son visage.
-C'est impossible, déclara son frère. Tu ne peux me battre avec un pion, Archy.
-Ce n'est pas un simple pion, rétorqua Archy. C'est Luréus !
-Luréus ? Je ne sais pas d'où tu sors ces noms, fit Théo.
-Je ne les invente pas, ce sont leurs noms, répondit l'enfant, obstiné. Je vais aller dire à maman que je t'ai battu.
Le jeune Archibald sortit de la chambre un immense sourire aux lèvres. Théodore continuait de fixer le plateau.
-Bien joué, Luréus.

Micum
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar Micum » 2020-05-30T18:08:58+02:00

Je présente ci-dessous ma participation pour mai ! :D

J'aurais une requête destinée au jury : serait-il possible qu'il justifie le texte du participant gagnant, et des deuxième et troisième, ce qu'il a aimé y lire, ce qui l'a surpris, fait sourire etc.
Merci !

Échec et mat ?

Nous sommes la vie après la mort,
La pierre qui se dresse haut sur le rocher
Nous sommes le vengeur de notre temps.

Nous sommes les flèches dans l’air,
Qui flottent à votre appel
Nous sommes le poison de votre lance.

Nous sommes la force de la survie,
Qui donne vie à la mort.
Nous sommes le miroir d’un monde
Avant qu’il ne tombe à genoux.

Nous sommes les sabres de tes droits
Toujours là pour mener le combat à votre place.
Nous sommes l’épée
Qui ne pardonne jamais.

La vie se partage d’un seul coup.

Dans la mer de flammes, la pression
Des mondes annoncent la chute.
Le visage de ce pauvre monde
Est sans relâche défiguré par le destin.

Nous sommes l’hôte céleste
Qui vole vers le Nord.
L’échec t’est consacré.
Nous apportons la mort et le péché.

Tes mots sont corrompus et chargés de haine.
Les langues des flots flamboyants
Sont notre armée.

Nous sommes le phénix
Qui renaît de ses cendres.

Nous sommes l’ange dans le vent
Qui prend son essor dans les airs grondeurs.
Nous sommes cet organe de la justice
Devant lequel le Créateur s’incline.

Nous surgissons des nuages
Quand il n’y a plus aucune lueur d'espoir.
Nous sommes les Pions.
Dernière édition par Micum le ven. 05 juin, 2020 5:17 pm, édité 1 fois.

lilicecilie
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar lilicecilie » 2020-06-01T22:10:00+02:00

Micum a écrit :Je présente ci-dessous ma participation pour mai ! :D

J'aurais une requête destinée au jury : serait-il possible qu'il justifie le texte du participant gagnant, et des deuxième et troisième, ce qu'il a aimé y lire, ce qui l'a surpris, fait sourire etc.
Merci !


Je suis d'accord avec toi, j'adorerais avoir plus de précisions sur pourquoi le vainqueur a gagné :)
Ça pourrait être vraiment intéressant !

lilicecilie
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar lilicecilie » 2020-06-01T22:12:35+02:00

Je participe au concours de ce mois-ci ! :) :)


Échec et Mat

Cela faisait plusieurs années que les deux royaumes étaient en guerre, un enchaînement interminable de batailles sanglantes et dévastatrices pendant lesquelles aucune armée n’arrivait à prendre l’avantage sur l’autre. Les effectifs diminuaient, il ne restait presque aucun soldat de vivant, et les rois étaient alors obligés de recruter des membres parmi de simples paysans, n’ayant aucune connaissance du combat. Il y avait de plus en plus de veuves et d’orphelins, pourtant la situation ne semblait pas s’améliorer, les morts s’accumulaient et les royaumes s’appauvrissaient. Il était devenu nécessaire d’y mettre un terme, et plutôt qu’un traité de paix, le roi Finn eut une solution quelque peu originale.
La construction d’un échiquier à taille humaine fut un énorme projet, coûteux et extravagant, mais les dépenses, à côté des dégâts causés ces dernières années, ne représentaient plus rien aux yeux des souverains. Tout le monde souhaitait la fin de cette guerre, et peu importaient les moyens.
Arriva enfin le jour où la partie eut lieu, dans une plaine immense entourée de deux collines, presque entièrement recouvertes des centaines de personnes venues assister à l’évènement. Les rois et reines étaient entourés de gardes du corps, des généraux et caporaux, le déroulement était confié aux chefs des armées, positionnés au sommet de tours construites pour l’occasion.
La partie dura plusieurs heures, les soldats tombaient les uns après les autres, égorgés, transpercés ou décapités, sous la chaleur impitoyable du soleil qui maintenant était au plus haut dans le ciel. Les tours tombèrent à leur tour, l’une avec une épée plantée dans le cœur et l’autre éventrée. Au bout d’un temps, la reine de l’un des royaumes du s’avancer en direction de la seule femme qui se trouvait en face d’elle. Cette dernière avait les yeux révulsés, et cherchait en vain le soutien de son mari, impassible devant sa panique. Lorsque la reine Catarina prit d’une main tremblant son épée, Loane hurla de peur, d’un cri long et aigu, suppliant aux personnes qui la regardaient de faire quelque chose pour la sauver. L’épée lui transperça l’abdomen, et elle s’écroula au sol, sa mort fut lente et douloureuse, elle s’étouffa presque avec son propre sang avant de rendre son dernier souffle.
Le roi Armel, ayant perdu sa femme, bien qu’il fût désormais sans protection et vulnérable, resta droit et inexpressif. Ce n’est que quelques coups plus tard que les deux rois se firent enfin face. Deux cousins devenus ennemis, responsables du massacre de leur propres royaumes, et la partie touchait à sa fin.
Finn leva sa hache au-dessus de sa tête et la plongea dans celle de son rival, qui s’effondra à côté de sa compagne. L’arme était profondément enfoncée dans le crâne qu’il dû prendre appui avec sa jambe pour la dégager, un liquide épais écarlate gicla et forma une mare aux pieds de la reine Catarina, encore sous le choc.
Haletant, le vainqueur prononça d’une voix tremblante la fin de ce carnage, la fin de la partie.
« Echec et mat. »

hibiscus_01
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar hibiscus_01 » 2020-06-03T18:32:23+02:00

Voilà ma participation au concours pour ce mois-ci !
En espérant qu'elle vous plaira... je vous souhaite une bonne lecture ^^

ÉCHEC ET MAT

L’homme se situait en hauteur, à plusieurs dizaines de mètres du sol.
Il ne se demandait pas ce qu’il faisait ici, faisant fi de la loi la plus élémentaire de la gravitation terrestre. Il y était, tout simplement.
En y regardant mieux, on pouvait aussi apercevoir une femme, loin devant l’homme. Elle aussi était perchée en hauteur.
Si défier la loi la plus secrète de la gravitation universelle les laissaient dans une indifférence la plus complète, ce qui se passait sous leurs pieds les intéressaient au plus haut point. C’est sans doute pour cela qu’ils penchaient la tête vers le sol avec une expression de concentration extrême.
En bas, dans un grand espace sans cloisons ni barrières, seulement une grande lande infinie, sans début ni fin, se déroulait une guerre. C’était une guerre archaïque, ordonnée.
Des soldats anonymes avançaient lentement, pas à pas, résignés de leur sort. On ne pouvait pas voir leur visage, mais certaines de leurs gestuelles nous indiquaient plus de choses que n’importe quel mot. Le soldat à gauche, qui regarde devant lui avec patience, cet être doux et calme, on peut voir à la façon dont il tient son arme qu’il n’a jamais levé la main sur quelqu’un – au moins jusqu’à maintenant. Un autre, devant nous, celui qui remet de temps en temps son casque sur le côté, lui ne comprend pas ce qu’il fait ici, et tout d’abord, il préférerait avoir un couvre chef plus léger et moins gros, il lui fait mal au crâne.
L’homme était étonné par la diversité des combattants sur ce terrain.
Si les soldats ne tombaient pas comme des mouches, le spectacle n’en était pas moins brutal. Lorsque l’un dépérissait sous le coup fatal de l’ennemi, personne ne venait pour le remplacer, et les hommes se firent de moins en moins nombreux sur le champ de bataille. Celle-ci durait longtemps, si longtemps que il n’y eu bientôt plus grand monde pour participer au combat.
Seulement des hommes et seulement des femmes, seulement leurs armes et seulement leur courage d’affronter la mort en face.
L’homme, dont l’histoire nous intéresse ici, observait cet étrange spectacle avec fascination. Vu de haut, la scène était impressionnante. Elle en était presque belle. Allait-on laisser mourir toutes les personnes présentes sur ce plateau ensanglanté ? Bien qu’il se plaçait à distance respectable du massacre, il se sentait concerné. N’était-ce pas en partie de sa faute si tous ces hommes et toutes ces femmes mourraient ?
En bas, un Cavalier tua le pauvre homme dont nous avons parlé un peu plus haut.
Il surpris la femme – loin en face de lui – à se mordre les doigts. Il pouvait presque voir les rouages de son cerveaux tourner à toute allure. Presque.
En bas, une Dame (qui s’était – étrangement – jointe au combat) toute habillée de noir, lança un cri douloureux à entendre. On avait perforé le ventre de son Mari-le-Roi. Dans une ultime preuve de courage, elle s’avança de quelques pas et prit la vie du meurtrier, tout comme ce dernier avait pris la vie de l’homme qu’elle aimait. Puis, entre ses larmes, elle observa la scène.
Devant elle, une Tour blanche. Une Tour adverse, donc.
À sa droite, un Cavalier blanc. Adverse aussi.
Vers sa gauche, le Fou (qui s’était lui aussi joint à la bataille, ce qui n’avait pas manqué de faire sourciller l’homme), qui, tout comme la Tour, tout comme le Cavalier, et tout comme le soldat qui avait tué son Mari-le-Roi, était habillé en blanc.
Au dessus d’elle, l’homme. Il n’était pas habillé en blanc, mais il souriait. Il semblait soulagé, aussi.
– Echec et Mat, soupira-t-il.
En un éclair, la scène éclata en morceau et l’homme ainsi que la femme, se retrouvèrent dans un grand hangar. Il n’y avait plus de Dame en pleurs, plus de Cavalier tueur de roi, et plus de lande infinie. L’homme ne se situait plus en hauteur. Il était assis sur un vieux tabouret. Sur une table, des pions noirs et blancs jonchaient sur un damier noirs et blancs. Une horloge indiquait dix-sept heures vingt-cinq. Le combat avait duré une heure et huit minutes.
Avec un ultime regard, un regard de tristesse profonde, un regard de vaincue, la femme serra la main de l’homme.

quoi-de-neuf-docteur
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar quoi-de-neuf-docteur » 2020-06-04T13:54:08+02:00

Bonjour à tous, voici ma participation pour ce mois-ci!

Echec et mat



17 mars 2020, 12h.

Il ne me reste plus que cette réunion au Conseil et ma journée est terminée, souffla le vieux Roi en se dirigeant vers la salle du Conseil. A peine eut-il franchit la porte d’entrée, qu’on interrompit ses pensées.

- Majesté ! s’écria le Duc du Rocher. La tension monte au sein du peuple ! Dans certaines régions, les Ivoires menacent même de renverser les institutions étatiques !
- Un peu de calme Colonel, par pitié. Je viens d’arriver, tempéra le Roi. Expliquez-moi donc ce qui se passe.
- Pardon votre Altesse, s’inclina le militaire. Comme vous le savez, depuis quelques temps, la discorde et la méfiance planent dans les rues. Cette semaine de plus en plus déclarent vouloir revenir à une ségrégation entre les peuples. Ils font preuve de beaucoup d’agressivité envers les Ebènes et les couples mixtes.
- En êtes-vous sûr Colonel ? N’exagérez-vous pas un peu ? s’enquit le roi avec appréhension.
- Je vous assure mon Roi. Ce sont mes hommes qui m’ont fait part de l’urgence de la situation, insista Du Rocher fébrile.

Cela fait bientôt 30 ans que le royaume est en paix, songea le vieil homme troublé. Pourquoi le peuple serait-il mécontent ? Les récoltes sont généreuses depuis plusieurs années, le commerce est stable, l’économie est prospère et le pouvoir d’achat n’a jamais été aussi élevé depuis que les impôts ont baissés de 10% il y a 3 ans, réfléchit-il.

- Tes hommes ont-ils réussi à savoir la source de ce grabuge, cher Duc ? s’enquit le Roi.
- Eh bien… la tension est présente, le peuple se méfie de plus en plus des Ivoires. Les citoyens de certaines villes dans les régions 1 et 2, ont pris l’initiative de ne sortir que par groupe de 3 ou plus. Les départements D et E de ces régions sont les plus tendus. Cependant, aucun de mes hommes n’a pour le moment découvert la source du conflit, le renseigna-t-il.
- D’accord, merci Colonel, lui répondit le Roi.

Qu’a-t-il pu se passer ? s’interrogea-t-il mentalement. Depuis la Grande Guerre, le pays s’est pacifié et les différentes ethnies ont appris à se connaître et à s’apprécier. La moitié des foyers sont maintenant mixtes ! Il me manque une pièce du puzzle…

- Chevalier Au Beaufixe, interpella le Roi, Les Ivoires sont-ils jaloux du pouvoir des nobles ?
- Non votre Majesté, lui répondit-elle. A ma connaissance, depuis que votre père a intégré au gouvernement leurs chefs il y a 30 ans de cela, leur sentiment d’injustice est tombé.
- Bien. Ecoutez-moi tous ! déclara le Roi d’une voix forte et autoritaire. Il faut à tout prix préserver la paix. Notre pays vit en harmonie depuis longtemps et il n’est pas question d’assombrir le futur du peuple.
- Oui Monseigneur ! lui répondirent avec assurance et dévotion l’ensemble des Conseillers.
- Ce gouvernement est comme un château fort, reprit le Roi. Le peuple en constitue le fondement et le ciment. Sans lui, nous nous écroulons. Les tours défensives de ce château, ce sont vous Duc du Rocher et Duchesse de la Pierre. En tant que chefs des forces militaires, je vous confie la mission de redoubler de vigilance et d’assurer la sécurité de tous.
- Oui votre Majesté, approuvèrent-ils d’une révérence.
- Les cavaliers, ce sont vous, chers Chevaliers, poursuivit le Roi. Vos actions peuvent nous en apprendre beaucoup sur l’ennemi, elles peuvent aussi le troubler et l’affaiblir. Infiltrer leurs forces et informez-moi si vous apprenez quelque chose. Compris ?!
- Compris votre Majesté ! lui garantirent gravement les deux Chevaliers.
- Quant à la prospérité du peuple, c’est vous qui la faites perdurer M. Lefou et Mme Lefol. Sans vous, il n’y aurait pas d’unité au sein de la nation. Donc continuez à approvisionner le peuple en vivres sans augmenter le prix de la marchandise. Assurez-vous que les hôpitaux et les écoles continuent d’être des endroits neutres et sécurisés, leur ordonna-t-il.
- Bien votre Majesté. Merci de nous accorder votre confiance lui répondirent-ils.
- Cette réunion touche à sa fin, conclut le Roi, merci pour votre attention. Nous nous retrouverons ici dans six jours, à la même heure. Au revoir, leur lança-t-il avant de disparaître.


22 mars 2020, 15h.

Cette journée ne se terminera donc jamais ? pensa le Roi alors qu’il allait vers la salle des audiences. Il ne m’arrive que des ennuis aujourd’hui. Tout d’abord, j’arrive en retard à la réunion de sécurisation des villes les plus tendues, puis j’y apprends que les régions 1 et 2 se revendiquent comme le territoire royal des Ivoires pures. Et enfin, ma secrétaire me tire de ma sieste pour m’informer que les audiences étaient avancées à 15h00. Je n’en peux plus… bon, au moins, demain je vais chasser ! se réconforta le Roi alors qu’il prenait place sur son trône.

- Bonjour votre Altesse, le salua l’intendant du Palais. Je me suis permis d’avancer les audiences car un messager des forces rebelles tient à vous rencontrer.
- Je comprends, lui répondit-il. Faites-le entrer.
Arriva alors un jeune homme de 20 ans tout au plus. Il se dirigea vers lui et commença à parler.
- Bonjour votre Altesse. Je suis le Chevalier Leblanc des Ivoires pures. Au nom des époux royaux De la Neige, je viens vous transmettre un message.

Eh bien, il ne manque pas de toupet celui-là ! bougonna le Roi dans sa barbe. Non seulement, il ne me montre aucune marque de respect, mais en plus il vient m’annoncer l’avènement d’une nouvelle royauté au sein de mon pays ! Mais laissons-le parler, il pourrait nous être utile.

- Parle jeune Leblanc, ordonna-t-il.
- Les Ivoires pures viennent vous proposer un marché ! s’exclama-r-il.
- Un marché ? Voyez-vous ça ! l’interrompit le Roi avec amusement.
- Tout à fait ! un marché. Ou vous nous cédez les pleins pouvoirs sans protestation ou bien… s’arrêta le jeune homme.
- Continue, nous t’écoutons, le pressa l’intendant.
- Ou bien nous vous renversons dans le sang et les larmes ! conclut-il avec emphase.
- Ha ha ha ! ria alors le Roi. Ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace jeune homme ! Tu sembles oublier que j’ai de nombreux alliés parmi les royaumes voisins, fanfaronna-t-il.
- Justement, nous aussi ! contra le jeune Chevalier. Nous sommes la section la plus puissante mais d’autres se sont implantées dans les pays de vos alliés… Et bientôt, le continent entier ploiera sous notre domination ! Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée, Majesté ! conclua-t-il avec un air narquois et il s’en alla content d’avoir mouché le Roi.

C’est bien la dernière chose à laquelle je m’attendais, murmura le vieux souverain. Demain, j’informerai le Conseil de la situation et de mon refus de coopérer, pensa le Roi avec lassitude. Nous nous tiendrons prêts à riposter. Je suis sûr qu’ils attaqueront les départements A, D, E et H de la région 4 et les départements B, C, F et G de la région 3. Nous y posterons une partie de nos troupes, planifia-t-il. Je demanderai à l’armée de valider ma stratégie avant de passer à l’action, songea-t-il avant de partir informer ses Alliés du danger.


27 mars 2020, 10h.

Comme je l’avais prédit, se réjouit le Roi en se rendant au Conseil de guerre, l’ennemi est inexpérimenté et ses stratégies sont basiques. Le 23 mars, suite à notre refus, ils ont attaqué nos zones économiques. Dans les départements de la région 4, les armées étaient en configuration de bélier tandis qu’en région 3, nous avions l’avantage en configuration de marée de pions. Les hostilités ont commencé il y a cinq jours mais les Ivoires pures ont subi plus de perte que nous et nous les dominons sur tous les fronts. Le combat ne devrait plus durer très longtemps, s’enorgueillit-il en pénétrant dans la salle.

- Bonjour Duchesse, bonjour Duc, du nouveau depuis hier ? leur demanda le Roi.
- Bonjour votre Majesté ! lui répondit la Duchesse, pour l’instant, rien de nouveau ne s’est produit et bien que nos adversaires maintiennent toujours les combats, leur intensité est faible, nous nous attendons à recevoir une proposition de cessez-le-feu dans la journée.
- C’est aussi ce que je me disais chère Duchesse ! Ces gigolos ont eu les yeux plus gros que le ventre mais il est trop tard pour faire demi-tour, déclara le Roi. Chevalier Au Beaufixe et Chevalier De la Nuit, poursuivit-il, où en sont vos hommes. Ont-ils réussi à identifier l’origine du conflit ?
- Malheureusement votre Altesse, nous n’en savons pas plus qu’au début des combats, avoua le Chevalier De la Nuit. Il nous est très compliqué de nous rapprocher des chefs ennemis : ils ne laissent aucun étranger pénétrer dans leur ville royale. Je suis d’ailleurs impressionné par leur prévoyance ! Je n’aurais jamais cru ces amateurs capables d’agir avec tant de prudence.
- Intéressant… se murmura le Roi.

Seuls les fins stratèges savent comment bloquer nos services de renseignements. Or, mon père et moi avons toujours fait en sorte de les contrôler. Il n’y a qu’une solution possible : ils ont une taupe au palais ! en conclut le vieux Roi. Dans ce cas, ça pourrait être n’importe qui. Mieux vaut donc que je garde mes soupçons pour moi, l’effet de surprise est toujours un avantage…

- A quoi pensez-vous Majesté ? l’interrompit le Duc du Rocher.
- J’essayais de prévoir l’heure d’arrivée de leur messager, lui mentit-il. Je parie que leur proposition de cessez-le-feu arrivera à midi.


27 mars 2020, 12h00.

- Majesté, un messager des Ivoires pures vient d’arriver. On nous propose un cessez-le-feu, déclara l’intendant du Palais en entrant dans la salle du trône.
- Faites-le entrer. Je veux lui dire en personne les conditions de cette trêve, lui dit le Roi.
- Bien votre Altesse, s’inclina l’intendant, puis ouvrant une des portes latérales, il ordonna à un jeune homme d’entrer.
- Ah ! Mais c’est vous cher Chevalier Leblanc n’est-ce pas ?! s’exclama le Roi.
- Vous avez bonne mémoire votre Altesse, lui répondit-il gêné.
- Monsieur Leblanc, je connais déjà la raison de votre visite et avant d’accepter la proposition des Ivoires pures, j’aimerais poser quelques conditions. Tout d’abord, ce cessez-le-feu durera une semaine au maximum. A la fin de ce délai, vos dirigeants devront m’avertir de leur capitulation. Dans le cas contraire, la guerre se poursuivra. Compris ? lui demanda le Roi.
- Compris.
- Dans ce cas, à la semaine prochaine mon cher … ou pas ! dit le vieil homme d’un air malin en le renvoyant.

Ils ne déclareront pas forfait. Ils cherchent juste à gagner du temps mais quoi qu’ils fassent, rien de ce qu’ils pourront faire ne changera l’issue du combat, rusa le Roi. A la fin du cessez-le-feu, en fonction de leur stratégie militaire, je devinerai l’identité de la taupe.


3 avril 2020, 12h00.

Ça y est ! Le cessez-le-feu vient de se terminer et l’ennemi ne s’est pas avoué vaincu. D’ici quelques minutes je saurai qui de mon entourage est le traitre.


3 avril 2020, 12h40.

Mais qu’est-ce c’est que ça ?! ruminait le Roi. Pourquoi ont-ils gardé la même tactique ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Non seulement leur stratégie militaire ne me donne aucune information sur l’identité de leur informateur, mais en plus, elle est totalement désorganisée d’un pays à l’autre. Nous ne pouvons donc pas établir un plan d’action commun avec les Alliés. Ils m’ont bien eu sur ce coup-là ! fulmina-t-il. Diviser pour mieux régner, comment ai-je pu oublier ce vieil adage ? A cause de mon erreur, nous devrons rester en position défensive tant qu’ils ne changeront pas leur position.


13 avril 2020, 8h00.

Ainsi, c’est aujourd’hui qu’ils ont décidé de passer à l’action, marmonnait le Roi en boutonnant sa chemise. Eh bien ! Ce n’est pas trop tôt ! continua-t-il en revêtant son par-dessus. Voyons voir ce qu’ils nous réservent, pensa-t-il avant d’entrer dans la salle du Conseil de Guerre.

- Bonjour à tous ! Alors comment ont-ils déplacé leurs troupes ? s’enquit le Roi.
- Bonjour votre Majesté ! lui répondit le Duc d’un air contrarié. Ils ont renforcé leur position sur le front G3.
- Mais pourquoi pratiquer une Ouverture Catalane ? leur demanda le Roi troublé.
- Je ne sais pas c’est totalement incohérent ! s’écria-t-elle. Et, Sire, ce n’est pas tout. Les Ivoires pures nous ont poussé à pratiquer une Défense Slave en nous prenant par surprise en C et D de la région 5.
- Et ce n’est pas tout votre Altesse, continua la Duchesse, une mine agacée au visage. Les Ivoires pures ont aussi décidé de nous attaquer en G4. C’est à rien y comprendre !
- Effectivement, se rembrunit le Roi. Tout le monde connait ce coup : l’Attaque Trompowsky. C’est surement une feinte de leur part, déduisit-il. Ils vont surement essayer de briser notre ligne de front pour prendre le contrôle de la Forteresse Obscure.
- C’est aussi ce que nous pensons, lui répondirent les deux militaires. Nous nous chargeons de la suite des opérations votre Altesse.
- Merci. Au fait, avez-vous vu les Chevaliers récemment ? les interrogea-t-il.
- Oui, pas plus tard qu’hier soir Sire.
- Bien. Merci. A plus tard, les congédia le Roi.

Bien que cette stratégie militaire ne soit pas conventionnelle, j’ai maintenant la certitude que l’espion n’est pas un membre du Conseil de Guerre, se rassura le vieux souverain. Aucun de mes Conseillers n’aurait pu concevoir un plan aussi bancal. Espérons que je puisse trouver la taupe avant que leurs coups hasardeux ne fassent trop de dégâts, songea le Roi avant de rejoindre sa Reine pour le petit-déjeuner.


11 mai 2020, 15h.

Quelle chance que la réunion avec le ministère des finances ait été annulée ! Je vais pouvoir faire une surprise à la Reine ! se réjouit le Roi en pénétrant dans le labyrinthe végétal, l’endroit préféré de son épouse. Alors qu’il atteignait le centre de celui-ci, il la surprit en pleine conversation :
- Alors, qu’est-ce que le Roi a prévu de faire Aliénor ? demanda une voix qui sembla familière au Souverain.
- Il compte lancer un assaut final en D et E de la région 1, lui répondit légèrement la Reine. Cet idiot est persuadé que les époux De la Neige sont les chefs de cette rébellion et qu’en les emprisonnant le problème sera réglé ! se moqua-t-elle. Bientôt mon cher Louis, nous règnerons sur ce royaume, ensemble ! s’enhardit-elle.
- Oui ma chérie, mais es-tu bien sûre que l’assassiner soit la seule solution ? Cet abruti reste tout de même mon frère !

A ces mots le cœur du vieux Roi sauta un battement. Comment ?! Depuis le début c’était donc Elle ? EUX ? Pourquoi ? Soudain le Roi comprit. Tout cela n’était qu’une revanche. A son arrivée au trône, il avait dû se marier. Les fiançailles de son frère avec Aliénor avaient été rompues pour qu’elle puisse l’épouser. Sortant de sa cachette, le Roi vaincu demanda alors :
- N’étais-tu donc pas heureuse avec moi Aliénor ? la faisant sursauter.
- Comment aurais-je pu ? Regarde-toi ! La seule chose que tu aimes c’est déchiffrer tes vieux bouquins poussiéreux. C’est à mon tour de vivre maintenant, cher Roi ! Fin de la partie ! Echec et mat ! lui cracha-t-elle au visage avant de le poignarder.

*


Dans le salon de ses grands-parents, Emilie regardait avec stupéfaction l’échiquier devant elle. Elle n’en croyait pas ses yeux. Les coups hasardeux qu’elle avait fait tout au long de la partie, ceux-là même qui lui avaient valu de nombreuses remontrances de son Papy, lui offraient maintenant la victoire sur un plateau d’or ! Fière d’elle, elle releva la tête en souriant et assena le coup de grâce à son adversaire :
- Echec et mat Papy ! s’écria-t-elle folle de joie.
- Bravo ma cocotte ! la félicita-t-il.
A peine eut-il fini qu’Emilie se leva et couru vers ses parents leur annoncer la nouvelle.
- Eh bien c’était moins une ma puce, lui dit sa maman, j’allais t’appeler pour partir. On rentre à la maison, le confinement est terminé pour les vendéens !
- Oh non ! protesta la fillette. J’voulais montrer à Papy que j’avais pas gagné sur un coup de chance !
- La prochaine fois mon cœur ! lui promit sa maman. C’est l’heure de partir, va dire au revoir.
- Oui mais quand même, ronchonna la petite avant d’aller embrasser son Papy et de partir.
- Te fais pas de mouron va, renchérit le vieillard, ça faisait 30 ans que cet échiquier n’avait pas servi. Quelques semaines de plus ou de moins ça ne lui fera rien ! Allez bisous

charly09
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar charly09 » 2020-06-07T14:06:04+02:00

Echec et Mat

1. Derrière le rideau lourd, la femme regardait la place damée, pavée à l'ancienne.
En tendant l'oreille, elle pouvait presque entendre résonner le sabot d'un cheval à sa droite, arrogant, qui viendrait sous sa fenêtre... Elle aimait cette atmosphère un peu surannée, dans la station balnéaire où les passants flânaient au soleil ; quand l'un avançait d'un pas timide comme pour rejoindre sa porte, risquant plutôt de réveiller son voisin endormi, les autres s'attablaient aux terrasses ou se posaient aux fontaines. Mais si la brise était douce encore et que la journée s'annonçait légère, elle s'apprêtait, en jetant une écharpe de soie légère sur son épaule, à vivre une journée qui serait décisive.

2. C'est pourtant tranquille qu'elle descendit les escaliers, prenant soin de rester discrète en passant devant la chambre du vieil homme qui logeait à côté. Elle allait saisir la poignée quand un minot du quartier, s'effaçant vivement devant elle, se prit à courir gaiement en laissant la porte ouverte. Elle resta pourtant là, debout sur le seuil, hésitante peut-être, incertaine encore devant l'énormité de son projet. Perdue dans ses pensées, elle remarqua pourtant un jeune chien fou, le poil noir et hirsute, qui déboulait en jappant pour s'arrêter au beau milieu des pavés, à deux pas de la route qui fermait l'espace plaisamment arboré.

3. Sans doute, un mouvement importun l'aura fait taire. Ou une ombre, allez savoir... un si jeune chien prendrait peur d'un rien, d'un souffle sous son nez, même s'il n'était pas si près ! Encore ces cavalcades... Etait-ce la jument noire qui habitait ses nuits depuis qu'elle s'était décidée ? (Cédant à la mode du temps qui se plaisait à reprendre les expressions en usage chez nos voisins anglais, elle peuplait volontiers son imaginaire de nobles coursiers, de cavales inquiétantes... une manière peut-être d'apprivoiser ses cauchemars, de s'allier ses plus sombres pensées...) Viendrait-elle hanter jusqu'à ses jours sous les remparts de la cité ? Sombre présage dont elle devrait se méfier bientôt ?... mais non. Reste calme ! C'est un écho de tes délires nocturnes, mais il est loin, immobile. Et sur le seuil à regarder devant elle, elle ne risquait rien.

4. Des aboiements encore la détournaient de ces songes pernicieux : le petit chien, effrayé sans doute par l'enfant qui courait devant elle pour le caresser, recula d'un pas. L'horizon s'ouvrait à ses yeux, comme pour l'enjoindre enfin à passer à l'action. Elle allait confronter cet homme qui l'avait si durement malmenée. Il fallait qu'elle le voit, qu'elle lui parle. Il lui rendrait des comptes ! Il n'était pas question que cet imposteur se joue d'elle et l'abandonne sans en payer le prix.

5-6. Elle n'était plus la jeune fille timide et impressionnée qu'il avait su séduire et elle était prête à affronter ses peurs, ses chagrins. La sombre cavale qui la réveillait toutes les nuits ne serait bientôt qu'un mauvais souvenir. Elle pourrait dormir à nouveau... bientôt. Un coup de folie, peut-être. Mais qui allait apaiser ses terreurs nocturnes, et tant pis si son geste désespéré la mettait à terre un moment.

7. Elle avait fait son choix à présent. Elle en était certaine. Elle se sentait soulagée d'un poids et savait que le cauchemar prendrait fin. Elle pouvait laisser s'éloigner les sabots nocturnes, chasser ses rêves étranges loin d'elle, aux frontières de sa vie. Ce serait son tour maintenant d'avancer, et ce sont des sabots clairs et lumineux qui peuplerait ses rêves !

8. Forte de cette résolution nouvelle, elle ajusta son chapeau orné de dentelles et s'élança à l'extérieur. Elle était prête ; elle avait vaincu ses peurs et laissait ses rêves derrière elle. Elle n'eut pas longtemps à attendre : aussitôt le seuil franchit, elle apercevait le goujat, pile dans sa ligne de mire ! Elle le héla sur un ton déterminé qu'il ne lui connaissait pas. C'était maintenant. Il ne pourrait pas lui échapper. Elle allait le rejoindre quand il se détourna, faisant mine de ne l'avoir pas vue ; il n'irait pourtant pas bien loin, embarrassé par la foule qui l'entourait. A ses pieds, le petit chien noir qu'elle avait aperçu tout à l'heure jappait, inconscient du drame qui se jouait.

9-10. La jeune femme, en détresse, le regardait s'éloigner. Elle hésitait. Elle aurait voulu le poursuivre mais elle apercevait derrière lui sa fiancée qui la menaçait du regard... Prise de panique, le visage baigné de larmes, elle courut droit devant elle le long des remparts, renversant tout sur son passage, tandis que le pleutre se réfugiait sous les jupons de sa triste compagne. L'infâme !

11. Défaite, la jeune femme abandonnée ne se sentait pas d'affronter le couple et sentait sa belle résolution s'envoler, lâche à son tour. Lui faudrait-il rester toute sa vie égarée derrière ses rêves ? Se demander toute sa vie ce qu'elle serait devenue si elle avait osé ? Tandis qu'elle hésitait ainsi, la rivale, avec des airs de propriétaire revêche, se rapprochait tendrement du séducteur, souriant à demi.

12. Mais non ! Elle n'allait pas devoir tout perdre ainsi sans se battre et laisser cette démence nocturne encombrer ses jours pour la protéger de la réalité. Elle renvoyait ainsi ses songes à leur place, menacés par les remparts sombres de la réalité. Mais cette réalité, elle en serait maître désormais. Elle avait eu neuf mois pour se préparer, et il était inconcevable à présent de poursuivre le galant à travers la cité ou de le laisser mener la danse. Elle l'attaquerait de front, neuf fois, et à la fin du jour, le piège se fermerait sur lui : l'enfant aurait un père ou serait orphelin, la fiancée perdue, et aucune échappatoire ne lui serait désormais plus permise.

13. Elle s'était laissée dépassée par ces retrouvailles, perdue d'émotion, troublée par la présence de la beauté noire qui l'accompagnait en tous lieux. Mais elle aussi l'apprendrait: elle serait sans pitié. D'abord, préciser le lieu de la rencontre. Si d'aventure la tentation qui l'avait pu hanter quand elle s'était sue perdue, se jeter des remparts, avait pu l'effleurer tout à l'heure comme les derniers oripeaux qui s'accrochait encore à son inconscient perturbé, elle l'avait écartée d'un geste. Rien n'entamerait sa détermination.

14-15. Et comme pour se prouver à elle-même qu'elle avait changé, elle partit à l'assaut de la tour qui avait assombri ainsi ses premiers mois de grossesse. Elle y rencontrerait sa rivale, la tiendrait à sa merci un instant mais généreuse encore, elle ne lui soufflerait mot du destin funeste qu'elle réservait à ses noces : la pauvre fille avait trop de morgue, mais elle ne pouvait être tenue pour complice de son triste galant. La jeune mère la jaugeait ainsi, mais tourna bientôt ses pas à l'autre bout des remparts. Elle la laissait, là, interdite. Et partait l'arme au poing, dissimulée dans une élégante pochette de lin délicatement rebrodée de soie blanche, au devant du suborneur. Elle aurait tiré, si le chien familier n'avait surgi de nulle part pour lui faire fête.

16. La main encore tremblante du geste irréparable qu'elle s'apprêtait à commettre quelques instants auparavant, elle recula doucement, comme si de rien n'était. Il était loin pourtant le temps où elle aurait porté ses pas vers l'abîme que lui offrait autrefois la tour sombre de la cité... elle en avait si souvent grimpé les marches irrégulières, usées par le temps, et si souvent elle avait pu, ces derniers mois, plonger son regard vers le vide salvateur. Aujourd'hui pourtant, la vieille tentation s'éloignait, comme si les remparts-même la fuyaient pour exercer leur étrange fascination à l'autre versant presque du monde !

17. Elle allait se ressaisir, revenir à la charge. Un instant, elle crut entendre derrière elle le souffle léger d'un enfant. Elle tourna délicatement la tête vers la droite, aperçut les boucles blondes qui la rejoignait d'un pas encore maladroit. Son attention se reportait sur le chien qui semblait décidé aujourd'hui à ne lui laisser aucun répit, avec sa bonne bouille ronde et son air pataud... Elle sourit. Mais elle ne se résignait pas.

18. Sans un mot ni pour l'enfant, ni pour la bête, sans un regard pour la beauté noire qui continuait de se méfier d'elle, elle repartit à bonne allure pour rattraper son amant. Mais elle ne put rester seule encore car la future suivait chacun de ses gestes et venait, guidée sans doute par un instint fâcheux, s'interposer entre eux.

19. Que dire ? Et prendre la tangente ? Se laisser poursuivre à nouveau par les démons nocturnes qui rôdaient depuis deux jours sur ses pas ? Lui céder la victoire ?...

20. Pas cette fois. Plus cette fois. A elle de lâcher les chiens ! À elle de faire tomber la tour d'ombre ! Lui, restait insouciant, bien à l'abri derrière une foule immobile, et même si sa brune compagne lançait devant elle quelque sujet de diversion, elle ne pourrait pas le protéger toujours. Pas aujourd'hui. Plus aujourd'hui.

21. Aujourd'hui, elle s'était préparée à cet instant décisif. Aujourd'hui, les juments noires qui hantaient ses nuits, ses cauchemars qui la tenaient en alerte depuis des mois, ces sombres idées qui la paralysaient ; aujourd'hui ils étaient blondes cavales, porteurs d'espoir, rêves à accomplir. Ils la guidaient à présent, et elle savait déjà que le piège qui se fermait mettrait un terme à ses souffrances. Elle qui avait caressé longuement ses rêves au fond de son appartement élégamment meublé, elle libérait son énergie, l'exhortait à son aide. Il était grand temps qu'ils franchissent à leur tour le seuil qu'elle avait traversé timidement tout à l'heure. La fiancée, guidée par une intuition jalouse, chercherait sans doute à éteindre ce feu, menaçante, mais elle ne pourrait pas la contrer toujours. Elle abandonnerait son compagnon veule à sa rivale, courant après des mirages.

22. Cédant alors la place à une détermination sans faille, la chimère s'évanouit. Elle venait assurer la résolution de la dame, menaçant la fiancée si fière, bloquant toute issue au triste roi. La belle sans doute n'était pas de taille et pris la fuite, droit devant elle, courut aussi loin qu'elle le put sans risquer de tomber à son tour. Et impuissante, elle regardait le drame qui se jouait sous ses yeux au loin.

23. Elle vit la blonde épousée, la répudiée, revenir à la charge. Elle la vit face au père de son petit bâtard. Elle observait, stupéfaite, la confrontation silencieuse qui se jouait si loin d'elle. Elle applaudit en secret la lâcheté de son compagnon qui refusait l'enfant. Elle se réjouissait déjà, assurant ces noces, quand elle sentit, avant de la voir, la silhouette blonde, parée d'un linceul blanc, tenir sans trembler une arme noire et faire feu. Sans un cri, l'homme s'écroulait à ses pieds, rougis par le sang mat de son amant.


Charly, Mai 2020

elenwe
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Re: Concours d'écriture - Mai 2020 : Échec et mat

Messagepar elenwe » 2020-06-07T23:10:12+02:00

Bonsoir tout le monde,
J'ai décidé il y a une heure que le concours de Mai me titillait. J'espère ne pas avoir pondu quelque chose complètement à côté de mes pompes et qui fera saigner des yeux :lol:
Bonne lecture :)


C’était de cette façon que ça devait finir. L’évidence me frappe. Plus moyen de cracher dans l’œil de la mort. Sa faux m’attend. Je le devine dans les fracas et les cris qui se rapprochent inexorablement de ma position. Comme disait feu mon maître : « Personne ne gagne à la guerre ».
Les yeux rivés sur le front, je ne peux que comprendre ce qu’il m’a martelé durant mes jeunes années. Mais j’avais le sang en ébullition. Drogué à l'action, je ne vivais que pour ça. J’entendais sans saisir la sagesse de ses paroles. Pourtant, maintenant que je suis acculé, elles me paraissent limpides… En évitant les voies diplomatiques, à forcer toujours le destin sur les champs de bataille, je n’ai fait que creuser ma tombe.
Avec la fougue qui était la mienne, j’aurais percé les rangs ennemis et brisé leur charge.
Cependant, le temps, sournois, a continué sa course et je n’ai plus rien du Serpent d’argent qui terrorisait mes adversaires. Ma lame quitte très peu son fourreau depuis des années… déjà. Ma stratégie est un fiasco, parce que je ne suis pas au cœur de la mêlée et je ne peux plus rien y changer.
Mes troupes se font massacrer et me devancent sur la route solitaire.
Ils sont affreusement jeunes pour la plupart. Eux aussi avec du feu dans les veines.
Du gâchis.
Aucun d’eux n’est moi… L’amertume de ce constat et de ce que ça aurait changé me rend chaque déglutition difficile.

Las d’attendre cette fin inéluctable, je dégaine ma plus fidèle amie et descends du promontoire sur lequel je contemplais mon désastre.
Je dois jouer des coudes pour approcher la ligne des hostilités, même si elle est près de là où j’attendais.
Mes soldats finissent par me remarquer, certains s’exclament avec joie de ma venue. Ils y croient encore. Je me demande ce qu’ils ressentiront quand ils verront mes chairs déchiquetées et mes fluides rejoindre le sol qui en est déjà détrempé. Mais il ne vaut mieux pas que j’y pense.
La violence me rencontre enfin, je dois esquiver un coup de taille avant d’envoyer le fil de ma lame sous le heaume de mon adversaire.
Je suis serein. Et continue à trancher et éviter les assauts qui se sont intensifiés là où je me trouve.
La première blessure arrive. Mais elle ne m’arrête pas et d’autres la rejoignent. Mon corps s’épuise, je suis de plus en plus lent et quand je tombe à genoux je comprends que je suis le dernier debout, dans ce périmètre tout du moins.
Mes adversaires patientent les armes au clair que leur chef vienne à ma rencontre, comme je l’ai si souvent fait avec d’autres. Finalement, je n’aurais pas voulu qu’il en soit autrement. Impotent, dans mon lit à attendre que mon cœur défaille, ça ne m’aurait pas ressemblé.
Je n’ai pas peur quand le géant roux fend ses hommes pour se poster les jambes écartées juste devant moi. Il sourit. Ses yeux luisent d’excitation et je sais déjà en le regardant, qu’un jour, lui aussi, sera à ma place. Il doit en être ainsi.
Il ne me fait pas l’aumône de quelques mots, il sort un poignard de sa ceinture déclenchant un cri de victoire de ses soldats. Puis il approche de moi, j’espère qu’il ne va pas traîner, mon corps chancèle et le sang chaud qui coule de certaines de mes plaies me draine de mes forces. Et j’ai un minimum de fierté, je mourrai droit et digne.
Il saisit mes cheveux dégagés du casque et tire sans ménagement ma tête en arrière. La morsure de l’acier dans ma gorge est pénible, mais passé la suffocation, je me sens enfin partir.
J’ai perdu.
Perdu la guerre. Perdu la vie. C’est la règle du jeu.


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